• Sakina Traoré

5. Lana & Chris


*Dans la tête de Lana*


Déjà deux mois que je me suis disputée avec Myra à propos de ce qu'elle avait fait à son signe pour retenir Cheick. Elle a essayé plusieurs fois d'arranger les choses, a fait le premier, le second et même le troisième pas vers moi mais je n'arrive pas à passer à autre chose.


Peut-être que je lui fais aussi payer pour la déconvenue que je me suis prise avec Ian, je ne sais pas. J'ai juste envie de lui taper la tête quand je la vois, et de la secouer si fort qu'elle redevienne la personne sensée et honnête que je connais.


En attendant, je me sens encore très mal. Rêver d'une chose toute sa vie et se rendre compte, quand on est finalement sur le point de l'avoir qu'elle ne nous appartiendra jamais... je ne sais pas encore comment je dois m'y prendre pour accepter la situation et oublier Ian. Pour arrêter de me dire que ça n'en vaut plus la peine que je m'investisse dans une quelconque relation amoureuse...


Bref, aujourd'hui c'est samedi. Myra est partie en mission pour la semaine alors je suis seule à la maison. Au lieu de passer toute la journée sur le canapé à me morfondre devant Netflix comme je l'ai fait ces dernières semaines, je décide de me bouger un peu et d'aller faire les courses pour changer d'air.


Je me douche rapidement, enfile des vêtements légers parce que le soleil est revenu par ici et qu'il tape dur en ce moment et j'attrape mon sac à main à la volée avant de sortir de l'appartement en claquant la porte.


****************


Je pousse doucement mon chariot rempli à ras bord vers les caisses en regardant autour de moi pour dégoter une énième cochonnerie au chocolat qui pourrait me soigner de mon chagrin.


10 minutes plus tard, tous mes articles sont empaquetés et la caissière m'annonce mon total pendant que je fouille dans mon sac à la recherche de mon portefeuille. Je pousse, retourne, soulève, touche et retouche mais rien n'y fait... mon portefeuille est introuvable.


Une fine goutte de sueur commence à couler le long de ma tempe et je sens la honte et la gêne m'envahir quand je me souviens que je l'ai oublié sur mon lit. Je cherche rapidement mes mots pour dire à la dame devant moi qu'elle vient d'enregistrer une cinquantaine d'articles pour rien quand je vois une main apparaître et tendre une carte de crédit à la caissière.


Curieuse et quelque peu soulagée, je me retourne pour découvrir le visage de mon sauveur qui n'est autre que celui de ... Chris.


-Toujours aussi tête en l'air hein à ce que je vois


-Chris !


Aussi surprise que choquée, je saute littéralement dans ses bras qui se referment autour de moi et il me serre doucement en rigolant. Je me détache de lui quand la caissière l'interpelle pour entrer son code secret dans le TPE et je commence à ramasser mes nombreux sachets en le regardant d'un air ébahi. Chris Ciego est là ? Ici ? A Maralo ?


Je sors de ma torpeur quand il vient vers moi après quelques secondes, me débarrasse des sacs les plus lourds et pose une main dans le bas de mon dos pour me mener vers la sortie.


-Tu es revenu ? je lui demande


-Oui, il y a deux jours


-Wow... je suis tellement surprise de te voir, ça fait quoi ? Quatre ans ?


-Cinq... ça fait cinq ans


-...


Je garde le silence alors que les images de notre dernière rencontre me reviennent à l'esprit. La douleur dans ses yeux, la culpabilité dans les miens, ses mains serrant les miennes si fort que j'ai cru qu'il ne me laisserait jamais partir...


Nous arrivons au parking et sa voix me ramène sur terre :


-Tu ... tu as des projets pour la journée ? Je suis trop heureux de te revoir pour te laisser partir déjà


Je rigole un peu pendant qu'il m'aide à ranger mes affaires dans mon coffre et lui répond :


-Non je n'air rien de prévu


-Super, le café de Nanda est toujours ouvert ?


-Ouais et tout est toujours aussi bon là-bas


-Je t'invite alors.


Il me tend la main avec un sourire et je comprends qu'il veut qu'on y aille à pied. Je condamne la voiture, prend sa main et marche du même rythme que lui, en gardant le silence tant je suis encore incertaine que tout ceci n'est pas un rêve.


****************


Quand nous arrivons au café aux environs de 11h, l'endroit est presque vide. Seuls quelques retardataires prennent encore leur petit-déjeuner dans un joyeux cancan.


Chris et moi nous asseyons à la terrasse et commandons deux latte. Pendant que la serveuse s'en va après avoir déposé nos boissons, je plonge le regard dans ma tasse, cherchant quoi dire pour briser le silence gênant qui s'est installé. J'essaie vraiment de ne pas fixer Chris et évoquer le passé mais je sais que tôt ou tard, nous en parlerons. C'est pour ça que nous sommes là.


-Qu'est-ce que tu es devenue ?


-Brand Manager du plus gros produit de la boîte : Hélia


-Quoi la marque de cosmétiques ? Ils te l'ont confiée ?


-Hum hum !


- J'étais sûr qu'ils finiraient par voir ta valeur Lana ! C'était impossible que tu n'y arrives pas


De gêne, je baisse la tête en le remerciant et avale une gorgée de mon café. Chris a toujours été un soutien imparable pour moi. Toujours à me booster, à m'élever, à me complimenter... c'est tellement dommage que lui n'ai pas été mon match.


-T'imagines ce que ça aurait donné, toi et moi ?


-Chris...


-Je sais. Je sais Lana. Tu cherches ton match et tu ne veux personne d'autre. La massue que je me suis prise il y a 5 ans me l'a bien fait comprendre.


-...


-Tu penses vraiment que tu le trouveras un jour ? Je veux dire... je te le souhaite parce que c'est ce que tu veux mais c'est tellement incertain


-Je ... Je l'ai trouvé


-Oh... je... je n'ai pas vu de bague à ton doigt alors j'ai cru que...


-Oui c'est que... il est... je l'ai trouvé mais il est marié


-Oh... merde


-Ouais, comme tu dis.


Nous nous taisons un moment, le temps je pense, qu'il assimile cette nouvelle. Puis je lève la tête vers lui et surprend son regard intense posé sur moi. Je grimace en tentant de sourire et lui demande pourquoi il me regarde comme ça.


-J'essaie de te dire que je suis désolé mais en fait je ne suis pas sûr que je le sois.


Contre toute attente, je me mets à rire. En face de moi, le moment de surprise passé, il esquisse aussi un sourire et on se regarde un long moment sans parler.


-Je suis désolée de t'avoir un peu brisé le coeur ce jour-là


-Je sais. Je ne t'en veux pas du tout. Tu cherchais quelque chose que je ne pouvais pas te donner


-...


-Qu'est-ce que tu vas faire maintenant ?


-Je ne sais pas. Peut-être me trouver un sexfriend pour réchauffer mes nuits et mourir célibataire, je réponds avec un rire jaune.


-Un sexfriend ?


-Je sais, c'est débile. Honnêtement je ne sais pas.


-Tu as le temps d'y penser. Il te faut réécrire tout ton futur, changer tous tes rêves... je comprends. Quand on perd quelqu'un qu'on a attendu depuis toujours, ça passe difficilement.


Je le regarde sans répondre, essayant de savoir s'il parle aussi de nous ou pas. Est-ce qu'il m'aime encore ? Et si oui, est-ce que moi je pourrais envisager de me remettre avec lui ?


-Et toi ? Où en es-tu ?


-Je travaille ici maintenant ! Mon entreprise va monter une filiale à Maralo et j'ai été désigné comme Directeur.


-C'est super ça !


-Ouais, j'adore mon boulot. A part ça, rien de neuf


-Pas de femme, de fiancée, de relation sérieuse ? j'insiste.


-Oh, fait-il en balayant l'air de la main.


Il hausse les épaules et me répond tout simplement "je n'ai personne, pas que j'aie particulièrement cherché à te remplacer non plus". Embarrassée, je laisse tomber le sujet et nous parlons très vite d'autre chose. De la ville et de comment elle a changé. De mon métier et des challenges qui l'attendent ici.


Sans nous en rendre compte, nous passons près de trois heures à parler sur cette terrasse, en engloutissant viennoiseries, café et pâtisseries. Et puis quand mon alarme sonne pour me rappeler de faire ma lessive avant la tombée de la nuit, nous décidons de nous séparer.


Chris me ramène à ma voiture, nous échangeons nos contacts et puis il repart à pied à son hôtel pendant que je rentre chez moi. Tout le trajet je n'arrête pas de penser à lui, à ce que son retour signifie, aux possibilités que cela crée, aux sentiments que nous avions l'un pour l'autre il y a quelques années...


****************


*Dans la tête de Chris*


Trois mois sont déjà passés depuis que je suis revenu à Maralo. Trois mois que tous les jours, Lana et moi dînons ensemble et passons nos soirées à papoter et à rigoler chez moi avant que je ne la dépose chez elle.


Je ne sais pas vraiment ce qui se passe entre nous mais j'évite de me poser des questions. Je prends ses sourires, ses étreintes brèves et chaudes, ses blagues tordues, ses conseils avisés, son soutien réconfortant... je prends tout ce qu'elle me donne en veillant à garder la porte de mon coeur bien fermée.


La dernière fois, c'est elle qui m'a quitté parce que je n'étais pas son match. On était tellement bien ensemble que cette décision m'a fait l'effet d'un coup de massue. Deux ans de relation jetés aux oubliettes parce qu'elle avait décidé soudainement de suivre les conseils de sa mère et de ne se marier qu'avec celui qui serait son perfect match.


J'ai eu mal mais je l'ai laissée partir. Peut-on forcer quelqu'un à rester avec nous quand on sait que cette personne cherche une chose qui serait infiniment mieux pour elle ?


Mais aujourd'hui la donne a changé. Le match de Lana est marié et visiblement aucune relation n'est envisageable entre eux. Elle se retrouve définitivement seule, je suis célibataire... tout pourrait reprendre mais quelque chose au fond de moi, quelque chose qui ressemble très fort à de la peur m'empêche de faire quoi que ce soit pour transformer notre nouvelle amitié en une relation amoureuse.


Alors je me tais. Et je savoure.


Derrière moi la sonnerie qui retentit me tire de mes pensées. Je me lève rapidement pour aller ouvrir la porte à Lana.


Comme tous les jours, elle arrive aux environs de 18h chez moi, belle comme tout, un sourire toujours plaqué sur les lèvres.


Comme tous les jours, elle se jette dans mes bras et je l'accueille avec bonheur. Je la serre doucement contre moi, essayant de garder le moment aussi court que possible, comme tous les jours... mais je n'arrive pas à la lâcher aujourd'hui. Je ne veux pas la lâcher.


Alors je la garde dans mes bras. Et je la serre si fort que je la sens retenir son souffle. Elle enroule les bras encore plus autour de mon cou, enfouit son visage dans mon torse et je sens que je perds la bataille... je perds la bataille.


Où est-ce juste que ma tête réalise seulement maintenant ce que mon coeur sait depuis le jour où je l'ai revue ?




**Hello there :)


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Alors à votre avis, Lana et Chris, c'est une histoire qui devrait se faire ?


La bise, S !**

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