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  • Sakina Traoré

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***Dans la tête d’Heartie***


La vie est… injuste.


Je suis assise toute seule dans le noir, dans une des salles de repos de l’hôpital. Ça fait un an jour pour jour aujourd’hui que je suis orpheline. Quand je suis arrivée à l’hôpital hier en urgence, tout allait bien du côté de mon moral. J’étais d’attaque. J’ai commencé à m’occuper de cette jeune fille de 28 ans et puis après elle, les autres victimes du carambolage sont arrivées. J’ai passé la majeure partie de ma nuit à m’occuper d’eux.


Malheureusement, au milieu de la nuit, une petite fille est arrivée avec un trauma crânien. Son père, qui avait bu comme un trou s’est énervé parce qu’elle lui a demandé s’il avait encore trop bu et il l’a giflée. Il l’a tapée tellement fort qu’elle est tombée et sa tête a cogné la marche de leur cheminée. Le temps que l’ambulance arrive ici, elle avait déjà fait une hémorragie interne. Je ne pouvais plus rien faire pour elle, c’était la mort cérébrale.


Comment peut-on en arriver à cela ? Boire comme un trou, se saouler, battre son propre enfant et causer sa mort ? Et dire qu’il était trop off pour ne serait-ce que réaliser la gravité de la situation. La police l’a emmenée et je me suis réfugiée ici.


J’adore mon boulot. Je ne sais pas pourquoi je n’ai pas réalisé plus tôt dans ma vie que c’était le job parfait pour moi. Sauver des vies. J’adore cela. Enfin, most of the time. Quand les gens arrivent à temps et qu’on arrive à les sauver, j’adore être chirurgien traumato. Mais quand une petite fille de 12 ans arrive déjà morte parce que son père, trop saoul, a mis du temps à appeler l’ambulance après l’avoir battue, je me sens trop mal pour apprécier ce que je fais au quotidien.


Je ne suis pas vraiment dans un bon jour. Je m’allonge plus confortablement sur le canapé, regarde un instant les premières lueurs du jour s’infiltrer dans la pièce avant de fermer les yeux et de me laisser aller à quelques souvenirs que cette journée particulière m’inspire.


Je me réveille en sursaut quand j’entends la porte de la pièce s’ouvrir. La lumière du soleil est à présent partout autour de moi et je me frotte vigoureusement les yeux. Je me retourne pour voir Dakota, l’obstétricienne entrer dans la pièce, la main sur son petit ventre de six mois, l’air ailleurs et préoccupé.


Moi : Dakota ?


Dakota : Oh je t’ai réveillée ? Désolée ma chérie


Moi : Ce n’est rien. Tu vas bien ?


Dakota : Oh oui… oui juste une patiente qui m’a troublée aujourd’hui.


Moi : Qu’est-ce qui s’est passé ?


Dakota : Je l’ai entendue dire haut et fort au père de l’enfant qu’elle venait d’avorter qu’elle ne regrettait rien parce qu’elle n’avait jamais voulu être mère.


Moi : Vraiment ? Ce genre de femme m’a toujours étonnée. Comment peut-on ne pas vouloir d’enfants ?


Dakota : Moi non plus je ne comprends pas. Elle m’a vraiment touchée. Moi avec mon ventre de six mois, je me suis sentie trop mal à l’aise surtout quand son mec a regardé mon ventre l’air dépité avant de partir de l’hôpital en colère.


Moi : J’imagine. Ça va aller ma belle


Dakota : Uhum…


Elle reporte son attention sur ses affaires qu’elle range et je prends mon téléphone pour regarder l’heure : 8h30. Je peux enfin rentrer chez moi.


Je trouve sur mon répondeur un message de Jesse qui date d’hier, dans lequel il me donne le nom et le numéro de son ami en me disant que ce dernier sera bientôt là. C’est bizarre d’ailleurs, il aurait déjà dû m’appeler. A peine ai-je formulé cette pensée que mon téléphone sonne.


Moi : Allô ?


Voix : Oui, Heartie Williams ?


Oh… Eh bien… personne n’avait jamais prononcé mon nom de cette façon. Un frisson me parcourt l’échine et pendant un délicieux moment je ne sais que répondre à cette voix si profonde et à ce timbre si chaud.


Voix : Allô ?


Moi : Oui… oui c’est moi. Qui est-ce ?


Voix : Ty Bradford


Oh… l’ami de Jesse.


Moi : Oh oui Ty. Vous êtes arrivés ?


Voix : Je serai devant chez vous dans dix minutes si j’en crois mon GPS.


Moi : Bien, je pars de l’hôpital maintenant. On se retrouve devant.


Voix : Bien


Et il raccroche. Oh ? Il n’était pas censé être –selon les dires de Jesse- gentil, marrant et tout un tralala d’autres choses ? En tout cas il me paraît assez froid et distant de prime abord. Bon, ce n’est pas tout ça mais il faut que je me mette en route.


Dakota m’envoie un baiser volant avant de sortir de la pièce et je me lève pour aller chercher mon sac dans mon casier. Je me change vite fait, troque ma tenue du bloc contre le jean slim noir et le haut marron que j’avais hier. Je remets mes baskets, prends mes affaires et sors de là en accélérant le pas. Je n’ai pas envie de trouver devant chez moi un individu au regard qui dirait « vous m’avez fait attendre ». Je soupire en pensant que ma tranquillité est loin derrière moi à présent.


J’arrive sur le parking, jette quasiment mon sac sur le siège passager avant de démarrer et de m’éloigner de l’hôpital. Cinq minutes plus tard -merci à la circulation fluide- je gare devant chez moi. Il y a deux places de parking devant ma maison alors je remarque tout de suite la Bentley grise à côté de laquelle je range habilement ma voiture. Eh bien, monsieur ne fait pas dans la dentelle !


Je coupe le moteur, descends de la voiture et je vois le conducteur de ce joli bolide faire de même. Quand j’ai verrouillé mes portières, je me hasarde enfin à regarder mon nouveau colocataire.


Oh. Moi qui pensais me retrouver avec quelqu’un de fort quelconque, j’en ai pour mon grade. Cet homme est… plus.


Plus grand que ceux que je côtoie d’habitude, sauf Jesse bien sûr, lui c’est un géant. Celui que j’ai en face de moi me donne l’impression d’être de taille moyenne alors que je fais tout de même un bon mètre 80. Il a un beau teint, couleur chocolat noir, des yeux magnifiques qui me gratifient en ce moment d’un regard perçant et très –trop- scrutateur, un jean noir, un tee-shirt gris, un sweat à capuche et des baskets qui ressemblent fort aux miennes.


Au moment où je me rends compte que je le scrute depuis trop longtemps, il est devant moi et me regarde l’air de se demander –qu’est-ce que tu as à me regarder de la sorte ? -. Je reprends très vite contenance et plaque un sourire amical sur mon visage pour ne pas qu’il devine mon trouble devant ses airs d’ours mal léché. Je me suis juste laissé distraire, la faute à cette journée qui a si mal commencé.


Moi : Ty ?


Lui : Qui d’autre voulez-vous que ce soit ?


Eh bien. Je ne m’attendais pas à un accueil aussi chaleureux juste devant chez MOI. Avant que je ne m’en rende compte, ma bouche a parlé pour moi sous l’emprise de mon cerveau qui fulmine déjà de colère contenue. Je suis très irritable aujourd’hui. Au moins autant que l’homme en face de moi il me semble.


Moi : Quelqu’un de respectueux peut être ? je réponds en plantant un regard courroucé dans le sien.


Lui : Eh bien vous allez devoir refaire des prières à vos aïeuls, ils semblent ne pas avoir bien entendu les premières.


Quoi ? Non mais ! Je suis estomaquée par le culot de ce gars mais je ne laisse rien paraître. A ce moment-là, je me dis que cet énergumène a bien de la chance d’être un ami de Jesse sinon je l’aurais renvoyé dans son trou perdu de l’Himalaya !


Je respire un grand coup et me détourne de son regard ennuyé pour monter les marches de ma terrasse.


J’ouvre la porte de la maison, le laisse entrer et referme derrière lui. Il ne parle toujours pas, pas un regard, pas un bruit. Il ne fait même pas semblant de regarder la maison. Je sens que ce mec va me taper sur le système. La preuve, mon jargon du pays a déjà commencé à refaire surface.


Sans ajouter un mot pour essayer de lui faire la conversation -on va jouer à son jeu s’il veut- je le précède dans l’appart, ne parlant que pour lui montrer les différentes pièces et je termine la visite guidée par la chambre qu’il va occuper.


Tout à coup, moi qui adorait l’agencement des différentes pièces de l’appartement, je me prends à sérieusement regretter que les deux chambres se fassent face. Heureusement que chacune d’elles a sa propre salle de bain. Il ne manquerait plus que j’en arrive à batailler la salle de bain avec un être aussi antipathique sous mon propre toit.


Ah Jesse, je vais te tuer !


Et puis je ne sais pourquoi –sans doute parce que je suis bien élevée, thanks to mom- ma bouche s’ouvre toute seule pour lui demander s’il a des affaires à ramener de sa voiture.


Lui : Merci, je peux me débrouiller tout seul.


Il repart vers le salon, sort de l’appartement en laissant la porte entrebâillée et je décide que je l’ai assez vu comme cela pour aujourd’hui. Cette journée n’aurait déjà pas été facile à supporter si je la vivais tranquillement, toute seule chez moi, alors je ne vais pas laisser un individu avec si peu de manières -si beau soit-il- me miner encore plus le moral. Je dis non !


Je rentre dans ma chambre, pose mes affaires sur le lit et décide d’appeler Jesse pour me défouler un peu sur lui. Après tout, c’est sa faute si l’individu qui vient à l’instant de claquer ma porte d’entrée fait à présent partie de mon quotidien.


Je lance l’appel et pendant que ça sonne, je me fais couler un bain dans la douche. J’ai à peine retiré mon t-shirt que ce traitre de Beiboo décroche. Je mets le haut-parleur et continue à me déshabiller.


Jesse : Mon amour


Moi : Ah non, il n’y a pas de mon amour qui tienne ici Jesse


Jesse : Pourquoi ? Qu’est-ce que j’ai encore fait tesoro ?


Moi : Jesse, ne tente pas de m’embrouiller avec tes petits noms là. Ton ami Ty dont tu m’as peint un si joli tableau, n’était-il pas censé être gentil, un mec bien sous toutes coutures ?


Jesse : Oh Ty est arrivé ?


Moi : Réponds-moi Jesse ! S’il n’était pas arrivé, j’allais te poser cette question ? Tchrrrr


Jesse : Calme toi. Qu’est-ce qui s’est passé ? Je ne t’ai pas menti, Ty est un type bien. Quoi qu’il ait fait, ne lui en tiens pas rigueur s’il te plaît, il a des soucis par-dessus la tête ces jours-ci. Il est constamment sur les nerfs, ne supporte pas qu’on lui pose des questions.


Moi : Quand bien même Beiboo. Quelques manières, de la politesse, ce ne serait pas trop lui demander non ? C’est l’anniversaire de la mort de maman aujourd’hui, je n’ai vraiment pas le temps pour des histoires !


Jesse : Je sais… Je suis désolé ma chérie, je vais lui parler. Promis


Moi : Okay.


Jesse : Sinon toi, ça va ? Le moral ?


Moi : ça va… enfin ça ira


Jesse : D’accord, je te laisse te reposer, on se parle après. Je suis là si tu as besoin de parler ou de pleurer, okay ?


Moi : Oui… je sais. Bisous Jesse


Assise sur mon lit, le regard dans le vide, juste vêtue de mes sous-vêtements, je me lève pour attraper mon peignoir après avoir dit au revoir à Jesse. Je raccroche et je viens à peine de refermer le vêtement de soie autour de moi quand en relevant la tête, je tombe sur un mètre quatre-vingt-dix environ de chocolat noir qui se tient dans l’encadrement de ma porte. Je sursaute de peur avant que mon cerveau ne reconnaisse cet intrus.


Moi : Non mais ça ne va pas ? Vous me relu…


Lui : He he pas si vite. Je ne vous regardais pas, ok ? Je suis arrivé quand vous refermiez votre peignoir. On se calme


Moi : Qu’est-ce que vous voulez ?


Lui : Je vous ai entendue parler à Jesse


Moi : Et ?


Lui : Je m’excuse


Moi : Bien. Maintenant vous pouvez sortir de ma chambre ?


Lui : Oh mais avec plaisir. Il n’y a rien d’intéressant à mater ici de toutes les façons.


Et il sort comme si de rien n’était. Je me précipite vers la porte pour la fermer à clé. Merde !

Ça m’apprendra à oublier que je vis maintenant en colocation avec un crétin de première. Dire que je l’ai trouvé beau et charmant de prime abord. Eh merde ! Jesse va vraiment me le payer. Sur ce coup-là, les mots doux ne marcheront pas ! Non mais ce type se prend pour qui ? Il habite chez MOI quoi.


Oh et puis crotte. Je n’ai plus envie de gaspiller mes pensées avec lui. Je rentre dans ma salle de bains, retire mon peignoir et mes sous-vêtements, me fait couler un bon bain et me glisse dans l’eau parfumée. Ça fait du bien. Je laisse mon corps se détendre et mon esprit vagabonder vers des pensées plus belles. J’ai besoin d’ondes positives pour affronter cette journée. Laissons Ty-machin-chose semer sa zizanie ailleurs avec sa bouche à damner une sainte.


La vie est injuste. Comment cet homme peut être aussi beau alors que d’autres en bavent juste pour ressembler à quelque chose et sont carrément obligés de passer sur le billard ?

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