• Sakina Traoré

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***Dans la tête d’Heartie***


La vie est… tentations.


Selon ce que nous sommes, ce que nous avons vécu, ce que nous aspirons à devenir, l’environnement dans lequel nous vivons, les tentations sont diverses, de natures différentes, plus ou moins fortes.


En ce moment, je suis… fortement tentée par un mètre quatre-vingt-dix de chocolat aux yeux scrutateurs et au regard enivrant. Enfin, vous l’aurez compris, Ty me provoque.


Ça fait environ deux semaines que Jesse est parti. La vie a repris son cours pour chacun de nous deux. Au début, malgré le « petit incident » de la dernière fois, tout était à peu près normal.


Et puis depuis quelques jours, j’ai l’impression qu’il me titille délibérément. Au début j’ai bien cru qu’il le faisait sans s’en rendre compte mais ensuite j’ai été bien obligée d’admettre que Ty jouait avec mes nerfs, avec ma concentration, avec ma paix du cœur.


Toutes les occasions sont bonnes pour me frôler, me toucher, me caresser de façon si inattendue et si nonchalante qu’on croirait qu’il ne s’en rend même pas compte.


A n’importe quel moment, je peux surprendre son regard posé sur moi, brûlant, scrutant, parcourant, caressant de ses prunelles noires si profondes. Ce garçon me cherche et je ne sais pas si j’ai envie de répliquer ou de résister. Pour le moment, je dois aller à une conférence (oui je sais encore).


Je me lève de mon lit, le fait puis entre dans la salle de bains me doucher. Quand je sors de là, j’enfile une robe droite manches trois quarts blanche. Des boucles d’oreilles couleur or, un collier fin autour du cou et je relève mes cheveux en un chignon assez artistique sur ma tête.


Je sors enfin de ma chambre avec mon téléphone et mon sac et me mets à faire le petit déjeuner. Depuis le départ de Jesse, c’est ce que je fais quand je travaille de jour. Je nous fais le petit déjeuner à Ty et à moi avant de partir. Il est généralement parti faire son footing quand je pars pour le travail alors on ne mange pas ensemble mais il a tout de même le temps de petit déjeuner avant d’aller au boulot de son côté.


Quand j’ai fini de manger, je repars me brosser les dents, attrape mon sac, mes clés, mon téléphone et je sors de la maison. J’ai un petit moment de surprise quand je le vois marcher vers moi, des écouteurs enfoncées dans les oreilles.


Quand il m’aperçoit, il les retire et me fait un de ses sourires… un de ceux qui me font oublier que je dois être à l’heure à ma conférence de ce matin.


Jesse : Hey, ça va toi ?


Moi : Bien et toi ?


Jesse : Super. Tu ne travailles pas aujourd’hui ?


Moi : Euh… Si, pourquoi ?


Jesse : Oh non… c’est juste qu’en général, tu mets des pantalons pour aller bosser, ça m’avait l’air beaucoup plus pratique pour toi


Moi : Oh… c’est vrai. Je ne vais pas travailler à l’hôpital aujourd’hui mais j’ai une conférence toute la journée.


Jesse : Ah d’accord. J’espère que tu ne t’ennuieras pas trop


Moi (en souriant) : Croise les doigts pour moi


Il se penche et sans que je ne m’y attende ou que je fasse quoi ce que soit pour l’arrêter, pose un baiser sur ma joue et me souffle « Bonne journée et merci pour le petit-déjeuner ».


Je n’ai pas le temps de faire sortir le moindre petit son de ma gorge qu’il s’apprête déjà à entrer dans la maison. Mon Dieu, cet homme m’observe vraiment, il me voit. Il ne fait pas que me reluquer, j’ai même peur qu’il ne connaisse chacune de mes petites manies tant il passe son temps à me regarder quand nous sommes ensemble.


-Attends Ty !


Il se retourne et me regarde.


-Tu… tu rentreras à quelle heure ce soir ?


-Aux environs de 18h


-On dîne ensemble alors ?


-Avec plaisir. Tu veux que je ramène quelque chose à manger ?


-Non, je… je vais cuisiner


-Okay. A ce soir Heartie


-Bye


Je me détends littéralement une fois qu’il disparaît à l’intérieur de l’appartement. Je monte dans ma voiture et vais à l’hôpital. Une fois que j’y suis, je n’ai pas le temps de papoter avec mes collègues parce qu’il est déjà l’heure. On se dirige vers la salle de conférence et on s’installe. Cinq minutes plus tard, notre orateur apparaît et ma longue journée commence.



***********


Ma journée n’a finalement pas été si longue que cela. Contrairement à la dernière conférence à laquelle j’ai assisté, celle-ci était captivante. Le conférencier connaissait son sujet comme sa poche et plus encore, il était enthousiaste et heureux de partager son travail avec nous.


C’est ainsi que j’ai passé des heures à apprendre tout ce qu’il fallait savoir sur une nouvelle technologie qui permet de faire des hologrammes des organes des patients. C’est tout simplement magique de pouvoir faire des représentations 3D à l’image exacte de l’organe d’un individu à partir de ses radiographies.


Je ressors de la salle à 17h avec un regain d’amour pour mon métier et une envie de trouver moi aussi, un sujet de recherches qui me passionnerait et qui serait tout aussi révolutionnaire.


Je reste un moment à discuter avec les personnes présentes puis je prends le chemin de mon épicier avant qu’il ne ferme. J’achète tout ce qu’il me faut pour faire un bon bouillon de carpe. Avec l’attiéké que j’ai miraculeusement déniché il y a deux semaines, on aura un bon dîner à se mettre sous la dent ce soir.


Je rentre et me débarrasse de mes courses à la cuisine avant d’aller dans ma chambre. Je troque ma robe et mes talons contre un pantacourt en coton et un débardeur. J’enfile mes sandales et reviens à la cuisine pour me mettre aux fourneaux, la musique de Trace Africa jouant dans la maison.


Un long moment plus tard, concentrée sur ce que je fais, je n’entends pas la porte d’entrée s’ouvrir et se refermer et je sursaute quand j’entends la voix de Ty derrière moi.


-Salut


Je me retourne pour lui faire face un instant et je suis… troublée. Comme à chaque fois que je suis en sa présence ces derniers jours. Il est beau. Juste beau dans son costume, c’est la première fois que je le vois habillé comme ça.


Moi (en souriant) : Hey, bonne arrivée


Lui : Merci. Ça a été ta conférence ?


Moi : Super, j’ai adoré. Et ta journée ?


Lui : Disons que les chiffres et la chance m’ont joué de sales tours aujourd’hui mais ça va


Moi : Okay. Le dîner est presque prêt, je fais en retournant à mes casseroles.


Lui : Bien


Il se dirige vers sa chambre et revient cinq minutes plus tard, habillé d’un bas de jogging en coton et d’un débardeur, son téléphone à la main. Je suis en train d’éteindre le feu sous la soupe quand il vient vers moi.


-Je peux faire quelque chose ?


-Euh… tu peux mettre la table s’il te plaît ?


-Bien sûr


Il s’attèle à sa tâche et recommence son petit manège. Je vous l’ai dit, il me provoque. Un frôlement par ci, un toucher par-là, un regard en biais. Je suis tant et si bien distraite que je finis par me brûler l’index en reversant la sauce dans une soupière.


Moi : Aaah merde !


Lui : Qu’est-ce qu’il y a ?


Moi : Je me suis brûlé le doigt


Lui : Fais voir


Avant que je n’aie pu protester et lui dire que ça allait, il prend ma main dans la sienne avant de regarder mon doigt rougi par la chaleur. Je le regarde faire perplexe. Il a oublié que je suis médecin ? J’ai crié sous l’effet de la douleur mais je sais que ce n’est rien de grave.


Et là, la bouche ouverte, les yeux en soucoupe, je le vois porter mon doigt à ses lèvres. Et puis je sens celles-ci l’envelopper, le recouvrir et une chaleur inquisitrice se diffuser de mon doigt au reste de mon corps.


-Ty


Ça m’a échappé. Eh merde. Mon intention n’était sûrement pas de gémir son nom. Je voulais juste qu’il arrête de me torturer de la sorte. Il lève un regard moqueur vers moi, retire mon doigt de sa bouche et lâche ma main.


Lui : Ça va mieux ?


Moi : Uhum


C’est tout ce que je peux dire en toute sécurité. Evitons de gémir d’autres choses. Je retourne vers la casserole pour terminer ce que je faisais quand il la saisit avant moi et renverse son contenu dans la soupière. Je lui souris et puisqu’il a fini, nous passons à table.


Lui (en montrant l’attiéké et la soupe de poisson du doigt) : Qu’est-ce que c’est ?


Moi : De la soupe et de l’attiéké


Lui : De la soupe avec du poisson dedans ? Et je n’avais jamais vu ça (en parlant de l’attiéké)


Moi : C’est un met africain. Je n’en ai jamais vu nulle part ailleurs. J’espère que tu manges épicé


Lui : Uhum


Moi : Okay


Je le sers en lui expliquant comment les femmes de chez moi fabriquent l’attiéké et le regarde prendre sa première bouchée après lui avoir expliqué comment manger son plat.


Moi : Ça va ?


Lui : C’est très bon


Moi (flattée) : Merci


Je me sers à mon tour et me mets à manger. Je crois que les plats de chez moi sont ceux que je réussis le mieux. Nous mangeons en discutant de tout et de rien comme ces derniers temps et il se ressert encore deux fois avant de se tenir le ventre à la fin du repas en se plaignant d’avoir trop mangé.


Moi : Gourmand va


Lui : On ne frappe pas un homme à terre Heartie


Je me retourne pour voir qu’il est littéralement couché à même le sol, les yeux fermés, essayant visiblement de respirer normalement. J’éclate de rire en le voyant ainsi et je continue à débarrasser. Quand je finis, je le vois se lever et s’approcher du lavabo.


Lui : Laisse, je vais le faire


Moi : Tu n’arrives même plus à respirer, va t’asseoir, je vais le faire


Lui : Non, je vais bien. Tu as cuisiné, je fais la vaisselle. Vas-y


Moi : …


Lui : Allez, ouste


Moi : Pas la peine de me chasser, j’y vais !


Je me lave les mains, prends mon téléphone sur le comptoir et disparais au salon. Je décide de me mettre à l’aise et m’allonge à demi dans le canapé, le dos reposant sur des coussins. Je zappe les chaînes jusqu’à tomber sur «The wedding Ringer » avec Kevin Hart.


Ty me surprend encore une fois, trop concentrée sur le film qui passe pour l’entendre venir. Je m’apprête à bouger pour lui laisser de la place sur le canapé quand il m’attrape les chevilles, me soulève les jambes et s’assoit avant de les reposer sur ses cuisses. Je le regarde faire et décide de ne rien dire.


Lui : C’est quoi le titre ?


Moi : The wedding ringer


Il cale sa tête sur le dossier du canapé et se concentre –me semble-t-il- sur le film. Je fais de même et grâce à Kevin Hart, je ne tarde pas à éclater de rire. Rire qui meurt dans ma gorge quand je croise les yeux de Ty.


Moi : Quoi ?


Lui : Je ne t’avais jamais vue rire comme ça


Moi : Il faut croire que ça m’arrive


Lui : Ça devrait t’arriver plus souvent


Je souris. Là encore, je décide de ne pas relever et de me reconcentrer sur mon film mais j’ai l’impression que Ty n’est pas de cet avis. Je sens sa main se balader sur mes chevilles, mes jambes, mes mollets, s’attarder sur mes pieds.


Moi : Ty


Lui : Heartie


Moi : Arrête de faire ça


Lui (en embrassant mon pied gauche) : Faire quoi ?


Je le regarde dans les yeux et y vois une lueur d’amusement et de… désir.


Moi : Stop tempting me Ty (arrête de me tenter Ty)


Lui : I don’t want to tempt you, I just feel like I need to touch you … (Mon but n’est pas de tenter tu sais, c’est comme si j’avais besoin de te toucher…)


Moi : To touch me ? (Me toucher ?)


Lui : To touch you… and damn I wanna kiss you too (Te toucher… et merde, je veux t’embrasser aussi)


Moi (hésitante) : You know what they say ? (Tu sais ce qu’on dit ?)


Lui : What ? (Quoi ?)


Moi : The better way to resist temptation is to yield to it (La meilleure façon de resister à la tentation… c’est d’y succomber).


Je le regarde et n’en dis pas plus. Il n’a pas besoin d’en entendre plus. Il m’attrape les chevilles et me tire vers lui. Je me redresse et me retrouve face à son magnifique visage. Les yeux dans les yeux. Nos souffles se mêlent, nos nez se taquinent. Je sens sa main sur ma joue et je ferme les yeux.


L’instant qui suit, il pose ses lèvres dans mon cou et je frissonne. Et puis sa bouche passe de mon cou à ma mâchoire, puis ma joue et enfin… enfin se posent sur les miennes. Ai-je besoin de vous dire que c’est… damn perfect ? Bon, je vous laisse imaginer, je dois savourer.


La vie est juste… émotions. Surtout avec mon ours mal léché.

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