• Sakina Traoré

I. La pluie

J’ai toujours aimé la pluie. Le vent frais qui souffle, les gouttes qui s’abattent sur mon visage, le temps gris qui donne des envies d’amour, le tonnerre qui vient nous rappeler à l’ordre et les trombes qui descendent du ciel comme pour nous bénir ou nous réprimander.


Elle m’a toujours donné envie de me jeter sous ses cordes, toute habillée et de la laisser me tremper jusqu’aux os pendant que je danse et que je ris aux éclats. Elle a toujours évoqué pour moi, un bonheur simple et fugace. Un instant à savourer avant le retour brûlant du soleil.


Pourtant à ce moment précis, je suis totalement insensible à la pluie qui tombe. Je la sens mouiller chaque recoin de mon corps, se mêler à mes larmes et brouiller ma vision… je la sens alourdir mes vêtements et gronder dans le lointain mais rien n’y fait.


Aujourd’hui, la pluie ne m’attire pas. Je ne la sens même pas, tellement je suis absorbée par la contemplation de cette porte rouge en face de moi.


Je ne saurais dire depuis combien de temps je me tiens là. A répéter mon speech dans ma tête, à imaginer comment les choses se passeront, à bloquer les images douloureuses qui défilent dans mes pensées pour me concentrer sur l’instant présent. Celui qui devra m’apporter les réponses que j’ai toujours désirées mais que je n’ai jamais eu le courage d’aller chercher.


C’est le bruit d’un klaxon derrière moi qui me tire de ma torpeur. Je sursaute carrément et laisse tomber mon téléphone près de la petite flaque d’eau à mes pieds. Il ne m’en faut pas plus pour reprendre mes esprits.


Dans un dernier effort pour retrouver le contrôle de la situation, je ramasse mon téléphone et regarde un peu autour de moi. L’endroit est vide, évidemment. Tout autour de moi, la Cité Espérance est victime des assauts de cette eau tout droit venue du ciel.


Quelques arbres ont succombé à la force du vent çà et là, et certaines maisons au bout de la rue sont complètement envahies par les eaux. Heureusement, ce n’est pas le cas ici.


Quand mon téléphone se met à vibrer dans ma main, je baisse instantanément les yeux vers l’écran. Tant bien que mal, j’arrive à lire “ Alarme D-day ”. Alors mon coeur se fend un peu plus et les larmes se remettent à couler sur mes joues.


Cette alarme devait me réveiller aujourd’hui pour que j’entame une nouvelle étape de ma vie. Elle devait être synonyme d’excitation et de bonheur pour moi mais au lieu de ça, elle vient me rappeler que le monde dehors tourne toujours et que je n’ai pas de temps à perdre ici.


Dans 8 heures, je dois être de retour chez moi. Quelqu’un m’attend.


J’arrête le bruit agaçant qui vient de l’appareil et me décide à aller frapper à la porte pour en finir au plus vite. Je monte les petites marches qui mènent à la maison, inspire un grand coup et toque 3 fois de suite.


Pas de réponse. Je patiente quelques secondes encore puis toque une seconde fois.


  • Qui est-ce ?


La voix qui me parvient me surprend et me tétanise presque. Serait-ce elle ? Sa fille ? Ou juste quelqu’un qui vit avec elle ?


Je suis tellement prise de court que je n’arrive pas à répondre à la question qui m’est posée quand la voix la réitère :


  • C’est qui, s’il vous plaît ?

  • Euh… c’est moi… Magui

  • Magui ?


Je ne réponds rien et me contente d’inspirer fortement en essuyant mes larmes. Au même moment, j’entends la clé tourner dans le verrou et je vois la porte s’ouvrir lentement.

De grands yeux marrons clairs, semblables aux miens, se posent sur moi. Presque dans un même élan, le choc s’inscrit sur nos visages et la dame en face de moi étouffe un cri de la main.


  • Maguissi ?

  • Oui, c’est moi, maman.

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