• Sakina Traoré

III. Le début

  • Qu… de quoi tu parles ?


Elle hoche lentement la tête et me regarde maintenant droit dans les yeux. Ils sont embués de larmes et même si j’aimerais la détester au point de ne pas être touchée par ses émotions, la culpabilité et la tristesse que je vois dans son regard, me transpercent le coeur.


  • Ton père ne t’a rien dit du tout de notre histoire ?

  • Non… enfin si, juste que tu es partie un jour et que tu n’es plus revenue. Il disait souvent que c’était sa faute mais je n’ai jamais compris pourquoi. Pour ma part, tu es la seule responsable de ton choix


Pour la dixième fois au moins depuis que je suis là, elle soupire encore. Puis elle se retrouve absorbée dans la contemplation de ses mains pendant quelques secondes avant de revenir à moi :


  • Il faut que je te raconte toute l’histoire, depuis le départ.

  • J’ai le temps, je réponds en regardant ma montre qui affiche 11h15.


Alors elle se lève, me demande de patienter un peu et disparaît de l’autre côté du salon cette fois-ci. Je l’entends farfouiller dans ce qui semble être des tiroirs pendant un petit moment, puis elle revient vers moi avec ce qui ressemble à une boîte ronde en fer. Je remarque qu’elle marche d’un pas un peu plus décidé maintenant.


Quand elle se rassoit, elle pose la boîte devant nous deux et l’ouvre lentement. Je vois alors de petits paquets de photos empilés à l’intérieur. Elle les prend, en retire un et me le tend. Je l’attrape, suspicieuse, mais bien résolue à satisfaire ma curiosité.


Je suis plus que surprise de découvrir des clichés de ma mère et de mon père. Des photos classiques d’amoureux. Je me fais la réflexion en parcourant ces preuves de leur relation, qu’ils étaient si jeunes, si heureux et surtout si beaux ensemble.


  • Vous sembliez si bien l’un avec l’autre

  • Nous l’étions.

  • Alors, pourquoi ?

  • Ton père et moi avons commencé à sortir ensemble quand il était à l’université. Moi, j’étais encore au lycée, en première. Mais même s’il était le don juan de l’INSET à l’époque, je crois jusqu’aujourd’hui qu’il m’aimait vraiment.


Tout se déroulait très bien entre nous. J’étais aux anges, absolument heureuse d’avoir quelqu’un comme lui dans ma vie. Je n’avais jamais été très proche de mes parents. Ils étaient incroyablement stricts, très religieux et n’hésitaient pas à sortir la chicotte à la moindre incartade.


Du coup, ma relation avec ton père était de loin, la meilleure chose que j’aie connue depuis ma naissance. Jusqu’à ce que je tombe enceinte. C’est là que le cauchemar a commencé.


La sonnerie de mon téléphone interrompt le récit de ma mère. Nous sortons toutes les deux de la bulle où nous nous étions enfermées inconsciemment et je décroche l’appareil, un peu agacée. Je lui fais signe que je dois prendre l’appel et mon humeur s’améliore dès que j’entends la voix de ma meilleure amie à l’autre bout du fil :


  • Magui, ça va ? Tu as dit que tu appellerais dès que tu arriverais et je n’ai pas eu de nouvelles depuis

  • Aïe, je suis désolée Andrée. Je suis arrivée il y a une quarantaine de minutes mais j’ai complètement oublié de te faire signe

  • Ce n’est pas grave. Tu as pu la trouver, ça va ?

  • Oui…, je réponds, en jetant un regard furtif à ma mère, qui passe en revue ses photos. On vient tout juste de commencer à parler.

  • Oh, sorry. Je ne voulais pas vous déranger, c’est juste que je m’inquiétais.

  • Mais non, je comprends. Tout va bien là-bas ? Les préparatifs ?

  • Oui, on s’occupe de tout. Mais tu es sûre que tu ne veux pas qu’on arrête tout en attendant de savoir ?

  • Non… non, je ne sais pas pourquoi mais mon coeur me dit que ça ira.

  • Okay… sois de retour à temps alors s’il te plaît.

  • Je ferai tout pour. On se reparle quand je reprends la route pour rentrer. Bisous ma belle, je t’aime

  • Je t’aime aussi et je suis très fière de toi. Tu as bien fait d’y aller, peu importe l’issue de la discussion


Je ne réponds rien et me contente de sourire. Puis Andrée raccroche et j’en reviens au sujet avec ma mère.


  • Tu parlais de cauchemar donc maman… c’est à cause de tes parents ?

  • En partie… mais également à cause de ton père

  • Papa ? Il a toujours été là pour toi !

  • Pas au début non, pas quand j’en avais le plus besoin

  • Qu’est-ce que tu racontes…

  • Magui, ton père m’a abandonnée dès que je lui ai appris la nouvelle de ma grossesse !

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