• Sakina Traoré

Jour 9

J’hésitais aujourd’hui entre deux sujets sur lesquels écrire… mais je me sens finalement plus inspirée sur la question du raisonnement en religion.

Pour ceux qui ne le savent pas, je ne suis pas née musulmane ; ma famille était Témoin de Jéhovah à l’époque. Raison pour laquelle je me prénomme Naomi, mais ça c’est un détail.

J’ai accepté l’Islam dans mon cœur quand j’étais encore très petite. Je devais avoir maximum 10 ans et ma mère m’avait emmenée pour la première fois à la mosquée. Ce devait être pour une prière de Ramadan ou Tabaski, je ne m’en souviens plus très bien.

Toujours est-il que c’est là, assise auprès d’elle, parmi ces gens qui psalmodiaient des choses que je ne comprenais pas du tout, que j’ai ressenti cette paix du cœur et ce petit quelque chose qui s’apparentait à la foi, s’épanouir dans mon cœur.

Alors je me disais que j’étais musulmane. Sauf que ce n’est qu’à l’âge de 16 ans, une fois arrivée à l’INP-HB et grâce à la section de l’AEEMCI présente là-bas, que je me suis vraiment intéressée à ma religion.

J’ai appris les bases : lecture du Coran, Tawhid, histoire de la religion depuis Adam jusqu’au Prophète alayhi salat wa salam, etc.

Je posais des questions sur tout et je n’hésitais pas à exposer mes incompréhensions sur certains sujets. J’avais grandi avec tellement d’interrogations que je n’allais certainement pas passer à côté de l’occasion de trouver enfin des réponses.

Mais pourquoi Dieu veut-Il qu’on l’adore ?

Pourquoi nous a t-Il créés ?

Pourquoi punir éternellement des gens qui n’ont fauté que pour un temps donné ?

On ne va pas s’ennuyer au Paradis ?

Pourquoi Il laisse les gens, les innocents, souffrir ?

Pourquoi nous avoir donné le libre-arbitre ?

Quelle est vraiment notre marge de manœuvre entre le destin qu’Il a défini pour nous et les conséquences de nos propres choix ?

A l’époque, je faisais cours avec des aînées de l’école qui avaient toutes grandi dans des familles musulmanes. Elles étaient amusées par mes questions, par ma candeur face aux choses de la religion et riaient souvent de mes réactions.

Je ne l’ai jamais mal pris mais je me souviendrai toujours que notre ustadh leur a demandé un jour de ne pas se moquer de moi parce que ça pourrait me braquer et que c’était important que je puisse poser des questions afin de bien comprendre les choses.

Son ton était bienveillant et j’ai vraiment apprécié qu’on ne me bride pas à ce niveau. J’ai aussi apprécié qu’il me dise honnêtement face à certaines questions : « nous n’avons pas la réponse à ceci, seul Allah sait ». C’est ainsi que j’ai appris l’équilibre entre la foi et la raison.

Sourate 16, verset 44 : « Nous les avons envoyés avec des preuves évidentes et des livres saints. Et vers toi, Nous avons fait descendre le Coran, pour que tu exposes clairement aux gens ce qu’on a fait descendre pour eux et afin qu’ils réfléchissent. »

Combien de fois dans le Saint Coran, Allah affirme que les croyants sont ceux qui réfléchissent ? Qui méditent sur les signes ? Qui sont doués de raison ?

Quand vous lisez les histoires des prophètes, on vous dit bien souvent que nombre d’entre eux se retiraient pour méditer et chercher un sens à la vie… alors qui sommes-nous pour ne pas poser des questions ?

Autant il faut trouver un équilibre entre amour et crainte de Dieu, autant il faut en trouver un entre foi et raison.

C’est également pour ça que j’aime mes amies musulmanes. Entre nous, on n’hésite pas à se poser des questions, à remettre certaines choses en perspective… chaque semaine au moins, l’une d’entre nous vient exposer une question existentielle dans le groupe WhatsApp et on s’efforce toutes de lui apporter des éléments de réponses pour l’éclairer.

Ce qui n’empêche pas que, comme nous avons foi en Dieu, nous savons accepter qu’il y a des choses qu’Il ne nous a pas révélées et que nous devons accepter… dans l’espoir de le rencontrer un jour et de pouvoir lui poser la question en personne.

Alors aujourd’hui, je nous exhorte tous, à ne pas avoir peur de poser des questions. Juste purifions nos intentions, disons « a’ouzou bLlaHi minash-shaytani rajim » afin que les esprits malins ne profitent pas de nos interrogations pour nous égarer et lançons-nous.

Allah ne nous aurait pas créés avec des cerveaux s’il pensait qu’on n’en aurait pas besoin d’abord pour comprendre Sa parole et Ses signes.

Combiner foi et raison, c’est tout à fait possible et tout à fait normal.

Que Dieu fasse que les jours à venir soient encore meilleurs. Qu’Il nous pardonne nos péchés et nous guide sans fin et sans cesse sur le droit chemin.

A demain in sha Allah !

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