• Sakina Traoré

[Our Love Story • 2/3]

Assia avait les yeux rivés sur le paysage pendant que Franck conduisait en silence. Seule la radio troublait l’atmosphère qui, sans être pesante, restait bizarre. Chacun des deux tourtereaux était plongé dans ses pensées, secrètement impatient de pouvoir découvrir les questions du fameux carnet.


Après dix minutes de route, ils arrivèrent enfin chez Assia, au coeur de la 7e tranche. Il gara la voiture juste en bas de sa résidence et descendit pour l’aider à décharger les courses qu’ils avaient faites pour elle à Sococé, juste avant d’aller chez la maman de la jeune fille.


Il entra dans l’appartement avant elle et posa les sacs qu’il portait dans le salon, au pied de la table basse. A son tour, elle lança une salam dès que son pied eut franchi le pas de la porte et lui demanda, sur le ton de quelqu’un qui s’était longtemps retenu de parler :


-Ça va ?


Après une petite seconde d’hésitation, il répondit :


-Je vais bien, je suis juste… Assia, tu penses vraiment qu’on va la passer, cette épreuve ?

Pour toute réponse, elle lui sourit et vint se lover dans ses bras. Il l’enveloppa à son tour et soupira d’aise. Elle le serra fort contre elle et enfouit son visage dans son cou, juste là où battait son pouls.


Après un petit moment passé là à savourer la chaleur et la présence de cet homme que son cœur avait choisi, elle releva la tête vers lui, le regarda droit dans les yeux et lui dit :


-On va la réussir, Franck. J’en suis sûre à 100%.


La détermination dans ses yeux et l’assurance avec laquelle elle lui parlait, eurent raison des angoisses de Franck. Il décida de lui faire confiance, de nager dans les ondes positives qu’elle dégageait et de croire qu’ils avaient trouvé leur solution. Qu’ils seraient bientôt mariés et heureux.


Assia posa un baiser sur sa joue, se détacha de lui et commença à retirer son hijab. Elle avait rêvé de ce moment toute la journée tant il faisait chaud dehors ! Au moment où elle toucha l’épingle qui retenait le bout de tissu sur sa tête, Franck se retourna presque automatiquement.


Il savait qu’elle n’allait pas se dévêtir en sa présence mais il savait aussi qu’il n’avait pas le droit de regarder. Pas encore, du moins.


En le voyant se retourner, ramasser les sacs de course et se rendre à la cuisine, Assia sourit. C’est pour ça qu’elle était sûre qu’il était le bon. Parce qu’il respectait chacune de ses croyances, chacune de ses décisions religieuses… même quand il ne les comprenait pas.


Franck avait survécu à deux ans de relation avec elle sans baisers et sans sexe. La seule chose qu’elle lui accordait, c’est qu’il la prenne dans ses bras. Il avait même fini par accepter le fait qu’elle ne ferme jamais sa porte d’entrée quand ils sont seuls.


Pour lui qui était habitué à un tout autre type de relations, comment ne pas croire qu’il l’aimait et la respectait vraiment ?


Assia fila dans sa chambre où elle enfila un boubou et un bonnet avant de retrouver Franck qui venait de revenir dans le salon. Il avait rangé les courses dans ses placards et avait même lavé la tasse qu’elle avait laissée sur l’évier ce matin.


Voilà une autre raison pour laquelle elle l’aimait. Il ne s’attendait pas à ce qu’elle fasse les tâches ménagères à sa place. Il n’attendait même pas qu’elle les commence pour lui proposer de l’aide.


Au contraire, dès qu’il voyait quelque chose à faire, il le faisait. C’était normal pour lui… quelle femme n’aurait pas apprécié ça ?


-Tu veux qu’on ouvre les carnets ensemble ? lui demanda t-il


-Ouais, j’ai trop hâte de voir ces fichues questions ! Par contre, il faut qu’on suive les règles de maman, on répond chacun dans son coin et on se retrouve dans 3 jours pour l’échange


-Bien sûr, mon cœur


Elle se précipita alors pour récupérer les deux carnets qu’elle avait fourrés dans son sac à leur sortie de la maison familiale. Ils s’installèrent dans le canapé, l’un contre l’autre et elle lui tendit un des carnets.


-Prêt ?

Il hocha la tête et ils ouvrirent les petits objets en même temps, découvrant ensemble, la première question.


-Comptes-tu te marier à la mosquée ? lut Franck. Si oui, dis-moi pourquoi.