• Sakina Traoré

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***Dans la tête d’Heartie***


Quatre mois plus tard


La vie est faite de combats. Des plus petits aux plus importants, il nous faut nous armer de courage pour tous les faire. On n’en sort certes pas toujours vainqueurs ou indemnes, mais on apprend à coup sûr quelque chose à chaque fois.


Je ne pensais pas que j’y arriverais, que je réussirais à mener ma grossesse à terme. Mais ça y est… je rentre dans ma dernière semaine de grossesse et je suis tellement soulagée que Dieu m’ait permis de le faire.


Ça n’a pas été de tout repos. Au fil du temps, les douleurs de la tumeur se faisaient plus fortes en même temps que la grossesse se faisait plus fatigante. Au début, le soutien de Ty, Jesse et Ama m’a beaucoup aidé mais à un moment donné, cela n’a plus été suffisant. La maladie prenait de plus en plus d’ampleur.


Là où j’ai vraiment eu peur, c’est quand je me suis évanouie trois fois en deux semaines tellement j’avais mal. Je ne peux pas prendre les bons médicaments et suivre le traitement adéquat pour diminuer la douleur au risque de faire du mal au bébé alors je supporte. Mais j’ai vraiment eu peur.


Vers la fin du huitième mois de grossesse, Dakota a jugé qu’il était plus sage qu’on me garde à l’hôpital jusqu’à l’accouchement. Je ne voulais pas de ça. Cette situation nous rappellerait trop à Ty et à moi que j’étais malade… que tout n’allait pas bien… que j’allais bientôt partir… et que mener cette grossesse à terme me prenait encore plus de forces.


Mais on n’a pas eu d’autres choix que d’accepter. Je craignais de m’ennuyer toute seule, là pendant presque deux mois mais heureusement pour moi j’avais toujours de la compagnie ou quelque chose à faire.


Ama, Jesse et Ty se sont relayés à mon chevet tout ce temps. J’avais une armada de bouquins et de films avec moi et je passais une grande partie de mon temps seule à lire des chroniques sur Facebook.


Une semaine avant l’accouchement, l’hôpital a accepté que Ty dorme avec moi et à partir de ce moment-là, je me suis sentie un tantinet apaisée.


Cela fait donc un bon moment que je suis ici et je devrais accoucher dans les deux, trois jours à venir… je vais enfin voir ma petite fille… mon combat… j’ai hâte.



***********


Deux jours plus tard.


J’ai atrocement mal depuis hier soir. J’ai l’impression qu’on me martèle le crâne sans discontinuer. Qu’on y plante des pointes, de plus en plus en loin… J’ai tellement mal que mes larmes coulent toutes seules.


Le pauvre Ty ne sait que faire de plus pour me soulager, il a tout essayé : me distraire, me faire la lecture, me raconter des anecdotes, faire jouer des sourates dans la chambre… mais rien ne marche. Le pire c’est que depuis un certain temps, les sédatifs ne marchent pas sur moi alors on ne peut pas m’endormir pour que je me repose.


Je ne sais plus quoi faire. Je lève la main et presse contre mon front, la poche de glace que Ty m’a apportée il y a quelques minutes. Pendant un petit moment, j’ai l’impression que la douleur s’estompe mais à peine je pense à cela qu’elle reprend de plus belle.


Je ne peux plus… j’ai essayé d’être forte… mais je n’en peux plus. J’éclate en sanglots dans les bras de mon fiancé et je pleure pendant un long moment sans pouvoir m’arrêter. Il ne cesse de me parler, de me dire combien il m’aime et combien il est désolé que je souffre autant.


A un moment je me calme et profite de la chaleur de ses bras. Je m’apprête à lui demander de m’aider à prendre une douche froide quand je sens quelque chose couler de moi et mon lit se mouiller… comme si j’avais fait pipi sur moi.


Moi : Bébé


Ty : Hum…


Moi : Je crois… j’ai perdu les eaux


Ty : Quoi ?


Je me détache de lui et lui demande d’aller chercher une infirmière. Il sort précipitamment de la pièce et revient avec une sage-femme. Elle m’examine et me dit que je suis dilatée de 2 cm. Elle m’aide à me rincer et me changer puis va me chercher quelque chose à manger.


Quelques vingt minutes plus tard, le travail a commencé et la douleur est insupportable. J’ai toujours mal à tête alors cette douleur plus celle du travaille devient un vrai calvaire pour moi. Je sais que la sage-femme doit repasser pour m’examiner et me proposer une péridurale alors je patiente en essayant de ne pas alarmer Ty. Dieu seul sait comme cela m’est difficile.


A un moment, je n’en peux juste plus. Je n’ai plus de forces.


Moi : Ty…


Ty : Ma puce… tu as besoin de quelque chose ?


Moi : Va… va chercher…



*******


***Dans la tête de Ty***


Trois jours plus tard.


J’ai cru que j’allais mourir d’angoisse quand Heartie a perdu connaissance, là, sous mes yeux. J’ai couru appeler la sage-femme qui s’occupait d’elle. Moins d’une minute plus tard, Dakota arrivait aussi et après avoir été mise au courant de l’état d’Heartie, elle a décidé de l’emmener au bloc.


Selon Dakota, Heartie avait trop subi la douleur de sa tumeur ces dernières heures alors elle n’avait pas supporté en plus celle du travaille. Elle s’était juste évanouie à cause de la fatigue mais maintenant on devait lui faire une césarienne parce qu’elle n’était pas en mesure d’accoucher par voie basse.


Moi : Je peux venir aussi ?


Dakota : Bien sûr. Va avec Annick, elle va t’aider à te préparer.


J’ai suivi l’infirmière qui m’a donné ce qu’il fallait pour pouvoir entrer en salle d’opération tout en essayant de me rassurer mais rien n’y faisait. Je n’aurais pas me calmer tant que je n’aurais pas vu Heartie ouvrir les yeux et entendu mon bébé crier de toutes ses forces.


Dix minutes après tout ce remue-ménage, nous étions enfin dans la salle d’opération et Dakota commençait l’incision. Je tenais fermement la main de la femme de ma vie et j’avais posé le front contre le sien. Elle était toujours inconsciente, avec un masque à oxygène sur le nez et la bouche. Je priais pour que tout aille bien. Il fallait que tout aille bien.


Vingt minutes plus tard, alors que j’étais perdu dans mes souvenirs, un cri strident m’a sorti de ma torpeur. J’ai levé la tête pour tomber sur Dakota qui tenait une petite chose toute rose dans les mains. Une petite chose qui criait à nous en déchirer les tympans. Je n’ai pas pu m’empêcher d’espérer que son cri parvienne à réveiller sa mère.


Dakota : Félicitations papa !


Moi : Merci Dakota


Dakota : Annick va la nettoyer et te l’emmener tout de suite


Moi : Ok


J’ai embrassé Heartie, toujours endormie pendant que Dakota finissait l’opération.


Annick m’a apporté mon bébé au moment où on emmenait Heartie en salle de réveil. J’ai embrassé une dernière fois ma fiancée avant d’admirer mon bébé. Elle était toute rose, toute belle… avec sa mine renfrognée comme si elle n’était pas du tout contente.


Je l’ai gardé dans mes bras tout le reste de l’après-midi ce jour-là. Les infirmières m’ont aidé à lui donner le bain, à la changer et je me suis endormi avec elle dans les bras… devant le lit de sa mère… qui ne s’était toujours pas réveillée.


Seulement voilà, ça fait trois jours aujourd’hui que l’accouchement a eu lieu. Et Heartie dort toujours. Quand la petite s’est enfin endormie ce matin, je suis allé à la maison nous chercher des affaires à tous les trois. Quand je suis revenu, elles dormaient encore toutes les deux.


J’ai embrassé Heartie et suis allé me poster devant le berceau pour admirer mon bébé, comme je l’ai fait ces derniers jours. Et puis je ne sais pourquoi, j’ai eu envie qu’elle voie sa mère, qu’elle sente sa chaleur et qu’elle sache que sa maman se réveillerait pour elle.


Je la prends et la pose délicatement sur la poitrine d’Heartie. Quelques secondes plus tard, je vois un sourire fleurir sur le visage de ma princesse alors qu’elle est toujours endormie. Je m’apprête à la soulever quand je vois la main d’Heartie se lever et se poser sur le dos du bébé. Je lève la tête pour tomber sur les yeux les plus magnifiques que j’aie jamais vus.


Moi : Mon amour…


Heartie : Bébé


Moi : Tu es enfin réveillée. Attends…


Je prends le bébé avant de sortir de la pièce appeler une infirmière. Dakota arrive deux minutes plus tard et après avoir ausculté la malade, décrète que tout va bien.


Quand elles sortent enfin de la chambre, je m’approche d’Heartie avec la petite maintenant bien réveillée.


Moi (en l’embrassant) : Tu m’as fait peur


Heartie : Pardon mon amour


Moi : Je te présente… (En la reposant sur sa poitrine) notre petite princesse


Heartie : Oh mon Dieu… elle est tellement belle


Moi : Ton portrait craché… je t’aime


Heartie : Je t’aime mon amour


Moi (en posant mon front sur le sien) : Mon Dieu, je suis tellement content que tu sois enfin là

J’embrasse ma future femme et la regarde un long moment avant de m’asseoir sur une chaise et de regarder les deux femmes de ma vie faire connaissance. Elles sont magnifiques.



***********


Un mois plus tard, dans la tête d’Heartie.


Le maire : Ty Bradford, consentez-vous à prendre pour épouse mademoiselle Heartie Williams ici présente ?


Ty : … Oui, je le veux.


Le maire : Mademoiselle Heartie Williams, consentez-vous à prendre pour époux Monsieur Ty Bradford ici présent ?


Moi (les larmes aux yeux) : Oui, je le veux


Le maire : Alors par les pouvoirs qui me sont conférés par l’état du Delaware, je vous déclare mari et femme. Vous pouvez embrasser la mariée.


J’entends le petit comité que forment nos invités applaudir pendant que mon époux m’embrasse… mon époux… enfin.


Moi : Je t’aime Ty


Ty : Pas plus que je ne t’aime, moi


La vie est faite de combats. Je mourrais peut-être bientôt mais j’ai réussi à mettre mon enfant au monde. Ma princesse… Areej Jessica Bradford.

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