• Sakina Traoré

Hello tout le monde, as salamu aleykum !

J'espère que vous allez tous bien.


Alors, il y a quelques jours, j'ai annoncé sur Twitter que j'allais commencer un challenge assez particulier : un challenge zirk.


Pour la petite histoire, je lisais le Coran un jeudi soir et je me suis rendu compte qu'ils avaient traduit le mot zikr par méditation. Evidemment, puisque j'ai commencé à pratiquer la méditation plus ou moins régulièrement depuis 2019, ça m'a fait tiquer.


J'ai donc décidé de faire des recherches sur le sujet et je suis tombée sur des articles assez intéressants. Je croyais que ce mot signifiait seulement " évocation, rappel, mention " mais les différentes sources que j'ai trouvées ont confirmé qu'il pouvait également être traduit par méditation.


Un des articles que j'ai lus parlait plus particulièrement du zikr avec les Noms et Attributs d'Allah. Il disait (comme le formulent souvent les Chrétiens) que Dieu nous a créés à son image et a mis un peu de ses Attributs et Qualités en nous. Alors le fait de méditer régulièrement avec ces Noms et Attributs devrait nous permettre de développer ces aspects chez nous.


De plus, la méditation vous permet de réduire votre niveau de stress, d'être plus présent dans ce que vous faites, dites et ressentez au quotidien.


Sachant tout ceci, j'ai décidé d'essayer ! La première étape a consisté à sélectionner les noms d'Allah que je voulais zikrer / méditer, en fonction de leur signification et des difficultés que je rencontre en ce moment.


J'ai donc choisi : As Salam (La Paix), Al Wadûd (Qui aime beaucoup), Al Haleem (Le doux, Le très clément) et An Nûr (La Lumière).


J'ai ensuite rédigé un petit texte qui justifie le choix de chaque Nom / Attribut et je me suis donné 7 jours pour apprendre sur chaque Nom et méditer dessus, 15 minutes au moins par jour.


Voilà donc mon retour sur les 7 premiers jours de méditation avec le Nom : As Salam. Mais d'abord, le petit justificatif du choix de ce nom :


" As Salam : La paix


Parce que je veux que mon cœur soit apaisé quant au passé et à l'avenir. Qu'il ne se trouble point face aux difficultés. Qu'il demeure calme face à toute situation.


Parce que je veux que mon âme soit apaisée. Qu'elle ne doute point de son Seigneur. Qu'elle m'incite au bien envers moi-même et envers les autres.


Que je sois une source de paix pour moi-même et les autres. "


Comme je vous l'avais dit, j'ai tenu, avant de commencer, à lire des explications sur les différents Noms du Tout-Puissant que j'avais sélectionnés.


Il était important pour moi de les comprendre, de m'en imprégner et surtout d'en voir les applications dans ma vie quotidienne.


Al hamduliLlah, j'ai trouvé un livre intéressant de 400 pages qui parle des 99 Noms et Attributs d'Allah (dispo ici https://fr.slideshare.net/123algharib/comprendre-les-noms-dallah-abderrazzaq-al-badr).


J'ai commencé à le dévorer sans même m'en rendre compte alors que je fuis les livres numériques depuis quelques temps.


Le livre commence donc par plusieurs introductions que j'ai jugées importantes et que je prendrai plaisir à lire au fil du défi.


Pour ce premier jour, j'ai seulement lu la partie qui expliquait l'importance d'apprendre cette science.


Le livre explique tout simplement que la foi en Allah doit être la base et le pilier de tous nos actes d'adoration. Or la foi, la vraie, ne se construit que sur la connaissance d'Allah.


Dans la vie de tous les jours, pourriez-vous avoir confiance en quelqu'un que vous ne connaissez pas du tout ?


Non, bien sûr. Cela marche aussi avec Dieu. Il ne suffit pas de prier pour prier. De zikrer pour zikrer. Il faut le connaitre, savoir qui Il est. Et il suffit de lire un peu le Coran pour se rendre compte du nombre de fois où le Seigneur nous appelle à réfléchir, à comprendre, à apprendre sur Lui...


Votre foi est la base de tous vos actes d'adoration. Si vous vous contentez de pratiquer sans consolider votre foi, entre autres par la connaissance de Celui que vous dites adorer, un jour vous vous retrouverez à douter de tout. Et soubhanAllah, à ne plus croire à l'Islam ou en Lui.

Après avoir lu sur l'importance de la connaissance des Noms et Attributs d'Allah qu'Il nous a dévoilés, je suis passée à la lecture des explications du premier Nom que j'ai choisi.


Et dès le départ, j'ai été confronté à ma propre ignorance. Je croyais que le nom As Salam signifiait seulement et simplement qu'Allah était Paix et qu'Il répandait Sa paix sur les croyants et Ses envoyés.


Qu'Il était celui envoyait sa tranquillité dans les cœurs des croyants afin de raffermir leur foi et Celui qui leur promettait un Paradis où leur salutation serait : Paix sur vous !


Comme mon savoir était limité ! Oui, le nom As Salam signifie tout ceci. Mais Il signifie également qu'Allah est à l'abri de tout défaut et de tout manquement.


Que Son essence, Ses actes, Ses Attributs sont parfaits. Il existe par Lui-même, Il n'agit que par Sagesse, Miséricorde et en toute Justice. Et ses Attributs ne sont point tâchés de leurs opposés...


Une fois que j'ai su tout ceci, j'étais prête pour ma premier séance de zikr avec le nom As Salam. J'ai relu une dernière fois la raison pour laquelle j'avais choisi ce nom, puis j'ai fermé les yeux et commencé à égrener mon chapelet.


Tout en zikrant donc, puisqu'il s'agissait de faire de ce moment un moment de méditation sur la paix, je me suis souvenue de tous les moments de paix que j'avais eus dans ma vie et j'ai essayé d'amplifier la sérénité que je ressentais alors dans tout mon corps.


La séance a été normale, je dirais. Je ne me suis pas sentie aussi distraite qu'à l'ordinaire mais j'ai beaucoup somnolé à cause de la fatigue.


En tout cas, je me sentais détendue après et j'avais hâte d'être à la seconde journée !

Je me suis réveillée un peu en retard pour Fajr aujourd'hui et au lieu de me dépêcher pour aller prier, je flânais sur Twitter. Mon lit était si confortable que j'avais du mal à me lever.


Mais al hamduliLlah, je me suis rendu compte que le sommeil m'avait complètement désertée et que je n'avais aucune excuse pour rater ma prière. J'ai donc réussi à me lever et à prier dans les temps.

La veille, j'ai mis une alarme pour me rappeler de faire mes zikr aux environs de la prière de Dhur mais les recommandations de deux amis me sont revenues et j'ai décidé de faire ma séance de zikr après subh.


L'un, celui qui m'a initiée à la méditation m'avait dit une fois que cette heure de la nuit (autour de subh) était plus pratique à la chose parce qu'on n'est pas encore obnubilé par toutes nos pensées de la journée.


Une amie m'avait également rappelé la veille que c'est l'un des meilleurs moments pour faire des actes d'adoration. Alors j'ai pris mon chapelet, j'ai relu encore une fois rapidement la signification du Nom As Salam, le petit texte qui me rappelle pourquoi le choix de ce nom... puis j'ai fermé les yeux et j'ai commencé une séance qui était magnifique.


J'ai vu mon cœur briller comme jamais auparavant, avec des étoiles lumineuse autour de lui.

Je me suis revue en 2018, couchée dans le salon de ma mère, en proie à la plus grande tristesse, en train de me punir mentalement pour mes erreurs du passé et de stresser pour l'avenir.


Mais quand j'ai revu ce souvenir, je n'étais pas seule. Il y avait une présence lumineuse autour de moi qui me tendait la main, qui me regardait l'air de se demander : " mais pourquoi te fermes-tu à moi alors que tu n'as qu'à prendre ma main en retour et me faire confiance ? "


Des larmes ont coulé sur mes joues. J'ai compris que Dieu ne m'avait jamais abandonnée, que c'était moi qui m'était détournée de Lui.


Et puis je me suis revue il y a quelques jours au boulot, triste pour une autre raison. C'était moins grave mais toujours aussi épuisant. Cette fois encore, j'ai vu que je n'étais pas seule. La même présence était à mes côtés, attendant patiemment que je veuille bien la voir et la sentir.

Alors j'ai réalisé quelque chose qui m'a fait pleurer encore plus. Je m'appelle Sakina !

Mon prénom signifie la paix du cœur, la sérénité, la tranquillité. Il apparaît dans le Coran quand Allah dit qu'Il fait descendre Sa sakinah dans les cœurs des croyants pour raffermir leur foi.


Allah a fait en sorte que mes parents me donnent ce prénom alors même qu'ils étaient chrétiens et qu'ils avaient tous les deux à l'époque, rejeté l'Islam.


J'ai compris que dès le départ, avant même mon arrivée dans le monde, Il était là pour moi.


À ce moment là, j'ai comme entendu " I got you " et j'ai décidé que plus jamais mon prénom ne serait qu'un ornement pour moi. Que j'allais faire tous les efforts possibles pour qu'il se reflète dans ma façon de parler, de marcher, de respirer, de voir la vie, de réagir aux autres...


Et qu'Allah m'en accorde la force.

Ma méditation d'aujourd'hui a été plutôt calme. J'ai refait le même processus que les jours précédents c'est-à-dire lire la signification de As Salam et les raisons pour lesquelles j'ai choisi ce nom.


Ensuite pendant 15 minutes, j'ai zikré et j'ai parlé à Dieu. Je lui ai demandé de révéler la paix qu'Il avait posée en moi mais que j'avais laissée mourir sous les émotions, les expériences négatives et le manque de confiance en Lui.


Je lui ai demandé de me donner la sérénité de Jésus as et du Prophète sws face aux épreuves. Malgré tout ce qui leur arrivait, jamais leurs coeurs ne se troublaient. Parce qu'ils connaissaient leur Seigneur. Ils avaient la conviction profonde que Dieu ne fait rien au hasard, que toutes Ses paroles et tous Ses actes sont empreints de Sagesse.


J'ai senti des frissons parcourir mon corps à plusieurs reprises et j'ai essayé de repenser à toutes ces fois où j'ai perdu mon calme.


A ce moment là, une pensée assez singulière m'a traversé l'esprit. Je me suis dit que dorénavant, si quelqu'un testait ma patience, au lieu de m'emporter, je lui dirais simplement :


" As salamu aleykum rahmatuLlah wa barakatuh.

Que la Paix de Dieu soit sur toi et tes proches.

Qu'elle emplisse ton cœur, ton esprit et ton âme.

Qu'elle t'apaise aujourd'hui et à jamais. "


Je vous écris ces mots exactement comme ils me sont venus. Et je crois que par là, Allah a voulu me faire comprendre que ceux qui agressent les autres, les provoquent, etc. manquent en vérité de paix et veulent troubler celle des autres.


Je le sais, parce c'est la raison pour laquelle je répondais aussi à ces gens là.


J'espère vraiment pouvoir tenir et la semaine de boulot qui va commencer demain me donnera, in sha Allah, l'occasion de tester tout ceci.

" Il ne faut pas troubler la paix des autres quand on est soi-même en quête de paix. "


C'est l'une des phrases qui me sont restées après ma méditation de ce jour.


J'ai réussi à rester concentrée pendant environ 19 minutes, 4 minutes donc de plus que d'habitude.


J'ai commencé cette fois ci par les usuels " subhanAllahi wa bihamdihi ", " Allahumma salli ala Muhammad " et " astaghfirLlah ".


Et puis j'ai enchaîné avec mes zikr sur le nom As Salam.


A un moment donné mes pensées ont volé toutes seules vers des souvenirs de moi en train de troubler la paix de certaines personnes, et pas n'importe qui. Mes parents.


Je n'ai pas été une enfant turbulente, adepte de 400 coups, non. Mais j'étais une ado assez fermée, boudeuse et paresseuse. Ce qui a créé des grands moments de frustration pour mes parents.


Alors aujourd'hui je prends l'engagement de faire l'effort de ne plus troubler la paix des gens. De préserver la leur autant que je veux préserver la mienne.


La paix n'aime pas les troubles-fête.


" La paix ne viendra pas toujours comme vous l'espérez. Ne la refusez pas pour autant, elle n'aime pas qu'on lui claque la porte au nez. "


Pendant ma méditation, j'ai demandé à Dieu de m'aider à trouver la paix par rapport à une relation qui me tenait à cœur. Je lui ai demandé d'accorder la meilleure issue favorable à l'histoire en question, pour les deux parties engagées. De nous donner la sérénité nécessaire pour aborder les choses avec calme et clarté.


Et puis bon quand j'ai ouvert les yeux, j'ai vu qu'on avait en quelque sorte cassé mon cou mdr. Je ne vais pas vous mentir, mon cœur a été troublé. Mais la bonne nouvelle, c'est qu'il est déterminé à ne pas rester dans cet état pour longtemps et surtout à accepter que c'est pour le mieux.


La paix, tout comme le châtiment, les bénédictions, la miséricorde d'Allah ne viennent pas toujours comme on se l'imagine.


Alors apprêtez-vous juste à recevoir quand vous demandez. Peu importe l'emballage dans lequel arrive votre paquet.

Al hamduliLlah, j'ai réussi, non sans difficultés, à zikrer pendant 20 minutes aujourd'hui.

J'ai suivi le même schéma qu'hier et la séance a été aussi intéressante que les jours précédents.


À 16h environ, je me suis rendu compte que j'avais oublié de faire mon challenge du jour. Je devais le faire à 13h et j'avais même mis une alarme pour ça mais comme j'ai la fâcheuse habitude d'arrêter mes rappels sans même les lire...


Anyway, dès l'instant où je me suis dit " il faut que j'aille zikrer ", une phrase m'est venue en tête : " Ton cœur ne doit pas s'investir dans tout, ton cerveau ne doit pas s'appesantir sur tout. "


Une mauvaise habitude que j'ai et qui m'empêche de garder ma paix du cœur au quotidien, c'est que je donne parfois à certaines personnes et à certains évènements, plus d'importance qu'ils n'en ont réellement.


Aujourd'hui j'ai compris que certaines choses t'arrivent juste pour rappel de la part de Dieu, de l'Univers. Juste pour te tester, pour te montrer que tu te trompes, pour te faire comprendre quelque chose. Mais tu n'as pas besoin de t'y investir mentalement et émotionnellement pour détecter ces messages.


Regarde, analyse, interprète. Pas besoin de t'investir.


Si tu veux mettre ton énergie dans chaque petite chose qui t'arrive, tu vas juste finir avec un tas d'émotions que tu n'arriveras pas à démêler et des pensées qui virevoltent tout le temps dans ta tête, sans te laisser de répit.


Voilà mon message à vous et à moi, en ce jour.

Le prix de la paix...


Je me suis sentie différente aujourd'hui. J'ai eu l'impression, toute la journée, que mon coeur flottait dans mon corps. C'est une sensation que je découvre et que j'apprécie au plus haut point.


Mais j'ai également remarqué que mon cœur, mon esprit et ma langue ne sont plus synchronisés.


Avant, quand quelque chose me frustrait ou m'énervait, mon cœur se mettait soudain à battre plus fort, mon cerveau donnait l'ordre de tout gnagami et ma langue disait les choses les plus vilaines qu'elle pouvait.


Aujourd'hui, face à certaines bêtises de mes neveux, j'ai tempêté. J'ai réprimandé, j'ai crié, j'ai menacé. J'ai fait la même chose face aux petites choses du quotidien qui me chiffonnent toujours mais à un moment donné, je me suis rendu compte que je n'avais fait tout ceci que par habitude.


Je n'étais pas énervée, j'étais à peine exaspérée ou fâchée mais mon cerveau a vu les situations se déclarer et ma langue a réagi. Par habitude.


Pendant que je parlais même, je me suis surprise à penser " pourquoi tu parles comme ça alors que tu n'es même pas vraiment énervée ? ".


Tout ça pour dire que si mon cœur semble avoir compris le message, il va falloir lutter contre les vieilles habitudes pour que la sérénité que je ressens se perçoive également dans mes mots et dans mes gestes.


La deuxième chose que j'ai réalisée en ce jour, c'est que la paix est un cadeau qui se mérite et s'entretient.


Parfois, il vous faudra prendre de lourdes décisions pour l'acquérir : quitter ce boulot qui menace votre épanouissement, mettre fin à cette relation qui n'en est plus une, affronter le torrent de questions qui se déchaîne en vous...


Et une fois cette paix acquise, il faut la protéger. L'entretenir. Parce qu'il est si facile de retomber dans tous ces travers qui l'affectent...

J'ai beaucoup stagné dans ma méditation ces deux derniers jours. C'est vrai que certaines pensées intéressantes me sont venues à chaque fois mais côté sensations on va dire, j'étais un peu trop distraite et ensommeillée pour bien profiter de ma méditation comme aux premiers jours.


Pour autant, je considère cette première phase comme une réussite. Je suis beaucoup plus calme qu'il y a quelques jours même s'il y a encore beaucoup de travail à faire.


J'ai également la sensation d'avoir moins de mal à admettre mes torts dans les petites altercations du quotidien, plus de facilité à me dévoiler aux gens et à demander de l'aide.


Et parlons de mes prières ! Al hamduliLlah, je ne vous dirai pas que je n'en ai pas raté ou qu'elles étaient toutes parfaites mais je ne saurais décrire le niveau de sérénité que je ressentais en priant. Je me sentais calme, parfois même je ne sentais pas le poids de mon corps, je me sentais si légère al hamduliLlah.


En tout cas, je suis satisfaite à 60% et je vous recommande vivement d'essayer et surtout d'avoir une heure fixe pour ce moment de méditation. Si vous le faites tôt le matin, vous serez vraisemblablement plus disposé mais si vous le faites le soir avant le coucher, je vous garantis un sommeil des plus réparateurs et révélateurs (j'ai fait des rêves prémonitoires...).


J'ai décidé aujourd'hui de prendre quelques jours pour avancer dans ma lecture du livre sur la signification des Noms et Attributs d'Allah avant de commencer ma méditation avec le second Nom choisi.


Cela va me permettre de mieux cerner la portée de ce que je fais et in sha Allah, d'accroître les résultats pour cette seconde phase.


J'espère que cet article vous aura plu et aidé, n'hésitez pas à m'envoyer un email ou un message sur les RS pour me poser des questions.


Qu'Allah nous aide !



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  • Sakina Traoré

Maman et moi sommes arrivées environ 45 minutes avant le début de la cérémonie. Il pleuvait sur la ville quand nous avons franchi l’entrée du Golf Hôtel après une attente interminable dans les bouchons… ah Abidjan !


Dès que nous arrivons dans le hall, Andrée se précipite vers nous et me prend dans ses bras. Je la serre un long moment contre moi avant de la relâcher et lui présenter ma mère. Et puis nous la suivons à travers les couloirs et les ascenseurs pour arriver à la suite qui a été réservée toute la journée pour moi.


  • Andrée, tu as pu trouver une tenue pour maman ?

  • Oui, mon assistante sera là avec dans pas longtemps

  • Super, t’es un ange

  • Merci beaucoup ma fille

  • C’est entièrement gratuit, je suis tellement contente que vous soyez arrivées à temps !


Maman et moi filons à la douche pendant que la maquilleuse et la coiffeuse installent leurs effets dans la chambre. Et puis, pendant que les professionnelles s’occupent de moi en vitesse, Andrée se charge du maquillage de maman et l’aide à s’apprêter. Tout me semble tellement irréaliste, j’ai l’impression que le temps a suspendu sa course pendant les minutes où nous nous préparons.


Et puis, vient le moment de mettre ma robe. Aidée de maman et de ma meilleure amie, je l’enfile en faisant attention à ne pas la tâcher. Quelques secondes plus tard, elle est ajustée autour de moi et j’ai du mal à en croire mes yeux. Je suis magnifique. Je m’en pincerais presque tellement je suis surprise.


C’est Andrée qui nous sort de nos émotions maman et moi en nous rappelant que nous allons être en retard si nous tardons encore plus. Heureusement pour nous, le mariage se déroule dans les jardins de l’hôtel alors pas de risque d’être ralentie par une histoire de trafic routier.


Andrée m’informe que les invités sont tous en place et que Yacine est sur le point d’arriver dans les jardins. Au même moment, je reçois un message de lui qui dit “ prête ? on sera coincés ensemble pour toujours ma libellule ! ”.


Je lui écris rapidement que je suis plus que prête et rajoute une dizaine de coeurs rouges à mon message avant de l’envoyer. Andrée me confisque mon téléphone dès que j’ai fini et nous emmène maman et moi vers le lieu de mon mariage… ça y est !


Tout est si beau autour de moi quand on y arrive que je retiens difficilement mes larmes. C’est un mariage en petit comité et nous avons souhaité que tout soit simple et discret. Nos 50 invités sont presque tous là, je reconnais les visages de quelques collègues, des amis de longue date et j’envoie un baiser volant aux membres de nos familles assis de part et d’autre de l’allée bordée de fleurs.


La décoration est splendide avec les roses blanches et rouges, les chaises drapées de tissu doré et les pétales au sol… le soleil de la fin d’après-midi se reflète sur l’eau de la lagune ébrié derrière l’autel et le tout est exactement comme dans mes rêves de petite fille. Mais ce que je ne peux m’empêcher de regarder c’est mon fiancé.


Dans son costume rouge bordeaux aux détails dorés, il est tout simplement magnifique. Je m’étonne toujours de le voir arborer aussi bien des couleurs si peu portées par les hommes d’ici.


Dès que nos pupilles s’accrochent, elles ne se lâchent plus. Des sourires fleurissent sur nos visages tandis que j’avance vers l’autel. Ma mère, qui s’est installée à la place qu’Andrée a libérée pour elle au premier rang, me regarde avec tellement de fierté dans les yeux que je ne peux m’empêcher de murmurer un merci… à Dieu, à l’Univers, pour avoir fait en sorte que les évènements de la journée ait conduit à ce moment parfait.


Je suis sur un nuage, avançant toujours vers mon futur mari au son de la classique musique d’entrée de la mariée quand l’atmosphère change tout à coup. Le temps s’assombrit brusquement et un vent frais se met à souffler sur l’assistance, dispersant les pétales au sol et quelques éléments de décoration.


Des yeux, je cherche Andrée du regard pour m’assurer qu’elle a bien checké la météo du jour mais je la trouve debout dans un coin du jardin, nos alliances par terre à ses pieds. Elle a une expression désolée et une larme coule doucement sur son visage. Je crois la voir murmurer “ je suis désolée ”.


Quand je reviens à Yacine, troublée par ce qui se passe, je me rends compte qu’il n’est plus debout devant l’autel mais qu’il quitte l’endroit… au bras d’une autre femme en robe de mariée.

  • Yacine ? Où est-ce tu vas ??


Mais il ne semble pas m’entendre, complètement absorbé dans les rires et dans sa discussion avec l’autre. Je ne comprends rien à tout ceci, qu’est-il arrivé ?


  • Maman ? je me tourne pour chercher des réponses, du réconfort auprès d’elle. Maman où est-ce qu’il va ?


Mais la place où ma mère était assise il y a quelques secondes est vide. Un bout de papier jaune est délicatement posé là, sous une photo de moi, bébé. Les larmes coulent sur mon visage sans que je ne puisse les maîtriser et la confusion m’enserre le coeur.


  • Quelqu’un va me dire ce qui se passe ? Yacine ? je crie encore en me tournant vers lui mais au même moment, il prend la main à la femme auprès de lui et les deux commencent à courir vers la berge.


Alors j’arrête de réfléchir, je lâche le bouquet que j’avais en main, soulève ma robe et me met à les poursuivre. Je cours aussi vite que je peux mais j’ai la désagréable sensation que je n’avance pas réellement. Je crie le nom de Yacine si fort que j’ai mal à la gorge mais il ne se retourne même pas.


Et puis, comme dans un cauchemar, je les vois rejoindre un petit bateau amarré au bord de l’eau. Ils montent tous les deux, toujours les yeux rivés l’un sur l’autre et je les vois s’éloigner de moi sans jamais pouvoir me rapprocher. Mes larmes m’aveuglent alors et je me laisse tomber dans les herbes, lasse.


Je reste à terre sans pouvoir bouger le moindre muscle, complètement choquée de ce qui vient de se passer. Yacine m’a abandonnée à l’autel ? Pour une autre ? Je ne serai donc jamais assez bien pour les gens de ma vie ?


J’entends quelqu’un m’appeler derrière moi et cherche la force de me retourner quand je sens une goutte d’eau tomber sur mon visage. La pluie ? Alors je lève la tête pour voir qu’un véritable orage se prépare au-dessus de moi. Je ferme les yeux à l’instant où une deuxième goutte s’abat sur mon visage et…


Je me réveille en sursaut, désorientée et encore un peu sous le choc des émotions. A mes côtés, Yacine ronfle doucement, un bras enroulé autour de ma taille. Machinalement, je passe une main sur mon visage et y trouve une goutte d’eau.


Quand mon esprit est un peu moins dans les vapes, je me rends compte qu’il pleut doucement dehors. Une autre goutte d’eau me tombe sur le front cette fois-ci et je remarque qu’elles entrent par la fenêtre qu’on a oubliée de fermer hier avant de dormir.


Je respire profondément en regardant autour de moi, trouve mon téléphone portable et l’allume : Samedi 30 mai, 07h07… jour de mon mariage…


Alors tout ceci n’était qu’un rêve ?


Au moment où je me pose la question, mon alarme sonne et Yacine ouvre lentement les yeux auprès de moi. Il me fixe de ses pupilles marrons clairs et me sourit joyeusement. Mais son expression change quand il cerne mieux la mienne. Il se redresse aussitôt et pose une main sur mon visage.

  • Bébé, ça va ?


  • Je ne sais pas…


  • Qu’est-ce qu’il y a ?


  • Je crois que j’ai fait un cauchemar


  • Tu crois ? Tu ne t’en souviens plus ?


  • Si mais enfin… je ne sais pas, je sais plus


  • C’est à propos du mariage ? Tu as peur ? Tu ne veux plus ?


  • Si, si ! Mais je crois que… qu’il y a une chose que je dois faire avant qu’on ne se marie


  • Oh… tu me fais peur là Magui


  • Non je t’assure qu’il n’y a pas de quoi ! C’est juste que... j’ai trop repoussé les choses. Si je veux t’épouser le coeur complètement léger et serein, il faut que je me débarrasse de ma peur d’être abandonnée ou d’abandonner à mon tour


  • Ah ça… je croyais que ça allait déjà mieux, on en avait parlé, non ?


  • Oui… mais si je continue de faire ces rêves, c’est bien que je dois aller à la source du problème. Et je veux qu’on le fasse ensemble


  • Bien sûr ma chérie, tout ce que tu voudras. Alors, où est-ce que je t’accompagne future Madame Dial ?


Il me regarde, l’air impatient de savoir ce que je mijote. Alors je souris, soudain certaine de ma décision et je lui réponds :


  • Retrouver ma mère.

  • Sakina Traoré
  • Qu’est-ce que tu vas faire ?


Cela fait déjà presque trente minutes que je réfléchis à tout ce qui s’est passé depuis ce matin. Depuis le moment où j’ai décidé de faire ce voyage et de trouver la réponse à mes questions : Ai-je le courage d’aimer et de me lier aux yeux de tous à quelqu’un, sachant que cela pourrait se finir du jour au lendemain ?


Ai-je assez de valeur pour que l’autre veuille rester avec moi toute sa vie ?


Pourrais-je supporter les éventuelles difficultés qui viendront avec le mariage sans penser à prendre la fuite un jour ?


Yacine a demandé ma main il y a quelques mois. Nous étions d’accord pour ne pas faire traîner les fiançailles alors nous avons engagé les préparatifs dès le mois suivant.


Au début, tout allait bien. On s’entendait sur presque tout, nos familles s’accordaient parfaitement, je me sentais bien et il était heureux.


Sauf que j’ai commencé à stresser à l’approche de la date du mariage. Avec le stress sont venues les questions. Et avec les questions, les cauchemars. Toujours le même, en fait.


C’est le jour-j et je marche vers l’autel au bras de mon oncle. J’ai un grand sourire sur le visage et j’avance pratiquement sur un nuage jusqu’à ce que je me rende compte que c’est ma mère au bout de l’allée, et pas Yacine.


A ce moment-là, tout devient noir dans la pièce, je suis confuse, paniquée. Puis quand j’essaie d’aller vers maman pour comprendre, elle me regarde avec dédain et me dit “je ne veux pas de toi dans ma vie et toute personne sensée devrait faire pareil”.


Au début, j’ai tout rejeté sur Yacine. J’ai commencé à scruter ses faits et gestes pour savoir s’il m’aimait vraiment, s’il ne jouait pas un double-jeu, s’il était sûr de lui, sûr de son choix… bref, je l’ai tellement poussé à bout que nous avons eu une lourde dispute, la pire de toute notre relation.


Après ça, et même si je ne lui avais pas dit ce qui avait causé mon attitude, il a été encore plus attentionné avec moi et a cherché par tous les moyens à me rassurer. J’ai fini par comprendre que le problème ce n’était pas lui mais ma peur d’être abandonnée qui s’est installé à cause du départ de ma mère et s’est aggravée avec la mort de mon père.


Mais ce n’était pas assez pour que j’agisse. J’ai remis au lendemain le moment de trouver une solution, encore et encore, jusqu’à ce qu’hier, la veille de mon mariage, mon cauchemar revienne avec une autre fin. Cette fois, c’était moi qui fuyait devant l’autel, plantant Yacine là à cause de la peur.


Alors j’ai appelé Andrée, ma meilleure amie. Je lui ai expliqué que j’avais besoin de parler à ma mère au risque de faire une bêtise. Je lui ai parlé de mes rêves, de ma peur de tout dire à Yacine au risque qu’il pense que je ne suis pas prête… Elle m’a encouragée alors j’ai pris le car et je suis arrivée à Yamoussoukro, aux 220 logements, chez ma mère.


Je sais que je veux me marier avec Yacine. Je sais que c’est le bon. Mais parfois nos peurs, si elles ne sont pas affrontées, nous font gâcher les meilleures choses qui nous arrivent. Il fallait que je sache, que je comprenne, pour être plus sereine une fois devant lui.


  • Maguissi ?

  • Hum ?


Je lève les yeux vers ma mère et lui fait un sourire. Le plus sincère et le plus radieux que j’ai fait depuis que je suis ici. Elle me sourit à son tour et caresse ma joue doucement de sa main droite.


  • Prête à te marier à ce que je vois ?


  • Oui, je réponds les larmes aux yeux


  • C’est bien, je suis fière de toi Magui


  • Merci d’avoir répondu à mes questions


  • Je te le devais, et je ferais plus si je le pouvais ma chérie. Je te demande pardon d’être partie et d’être revenue trop tard. Pardon, elle répète en se mettant à pleurer à son tour. J’aurais dû être plus forte, chercher plus loin…


  • Je suis désolée que tu n’aies pas été là tout ce temps


  • Je sais… je sais


Mon téléphone sonne à ce moment-là et je le sors pour voir le numéro de Yacine affiché à l’écran. Mon visage s’illumine et c’est avec un coeur désormais apaisé que je décroche :

  • Babe


  • Ça va ma chérie ? Je sais que je ne suis pas censé t’appeler aujourd’hui mais je n’arrête pas de penser à toi depuis ce matin…


  • Je te manque trop ?


  • Tu me manques toujours quand tu n’es pas là… mais je ne sais pas, quelque chose me disait que tu avais grave besoin d’entendre ma voix, lol


  • J’ai toujours besoin d’entendre ta voix Yacine. T’inquiète pas, on se voit tout à l’heure devant le maire


  • J’ai hâte, je t’aime bébé


  • Je t’aime aussi, gros comme ton nez


  • Petite impertinente !


Mon rire emplit la pièce, me surprenant moi-même, pendant que je raccroche l’appel. Au même moment, ma mère revient de la cuisine où elle est allée ranger le plateau de thé.


  • Alors ?


Je consulte ma montre avant de lui répondre et la panique me prend tout à coup.


  • Aïe merde maman, il ne me reste plus que 3h… 20 minutes pour rentrer sur Abidjan, me préparer et me présenter devant le maire !


  • Tu comptes repartir en car ?


  • Oui, ma voiture est au garage depuis quelques jours


  • Attends


Elle prend son téléphone et me fait signe de patienter. Je me mets à tourner en rond dans le salon pendant qu’elle passe son appel. J’en profite pour écrire à Andrée et lui dire que tout est réglé, que je suis prête à rentrer me marier.


Maman me sort encore une fois de mes pensées alors que je parle toujours par SMS avec ma meilleure amie :

  • Maguissi, il y a un vol Yamoussoukro - Abidjan dans 25 minutes. J’ai pu t’avoir une place, tu devrais arriver à temps !


  • Mais… comment ?


  • J’ai été hôtesse de l’air pour Air Côte d’Ivoire pendant près de 30 ans, j’ai des contacts, elle me répond avec un clin d’oeil


  • Merci maman, je lui réponds, des trémolos dans la voix


  • Ah ah, on n’a plus le temps de pleurer, viens je te dépose !


En rigolant, je prends mon sac à main dans le fauteuil pendant qu’elle récupère le sien dans la salle à manger et nous sortons de la maison quelques secondes plus tard. Tout le trajet se fait dans le silence. Entre la journée hors du commun que nous avons passée et les émotions qui nous envahissent, je crois que chacune d’entre nous a besoin de calme pour digérer.


Quand nous arrivons à l’aéroport, tout se fait dans le rush. Il ne me reste plus que 8 minutes avant l’embarquement alors on court presque dans les couloirs pour rencontrer John, l’ami de maman qui doit nous remettre mon billet.


  • Sarah !, un homme appelle sur notre droite alors que nous courons vers ce que ma mère m’a indiqué il y a quelques secondes comme le salon du personnel.


  • John, tu es là !


On s’arrête en même temps et je suis maman qui marche vers lui, un peu essoufflée.

  • Merci infiniment, tu me sauves la vie, elle lui dit


  • Je t’en prie, c’est normal.


  • Magui… je te présente un ancien collègue, John Kouassi. John, ma… ma fille, Maguissi Yol.


Je serre la main du grand monsieur en face de nous, intimidée par sa taille et son visage grave.

  • Oh ta fille…


  • Longue histoire, on pourra en parler une autre fois !


  • Oui, bien sûr. Euh, voilà les tickets


  • Tu en as pris deux ? lui demande ma mère


  • Euh oui


  • C’est gentil mais il n’y a qu’elle qui part


  • Maman ? je l’interpelle alors qu’elle lui répond.


Je m’excuses auprès du monsieur et l’emmène un peu à l’écart.

  • J’aimerais beaucoup que tu viennes


Je vois les larmes envahir lentement ses yeux alors que je lui prends les mains.

  • Tu as raté tellement de choses et je sais qu’on a beaucoup de trucs à se dire encore mais je n’aimerais pas vivre encore un grand moment sans toi. Je veux que tu viennes


  • Bien sûr, elle me répond en pleurant de plus belle et en hochant frénétiquement la tête


Alors pour la première fois de la journée, je la prends dans mes bras et nous nous tenons là en silence. Chacune savourant la présence de l’autre quand Monsieur Kouassi nous interpelle.


  • Euh, Sarah, l’embarquement finit dans 3 minutes


  • Oh oui, elle répond alors qu’on se sépare. Merci encore John !


  • Je t’en prie


  • Merci monsieur, je rajoute


Et il hoche la tête en me souriant. Puis je suis ma mère et quelques secondes plus tard, juste à temps, nous nous installons dans nos sièges au fond de l’avion. Elle pose une main sur la mienne, me sourit et me dit : allons te marier Magui !


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