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  • Sakina Traoré

*Je viens d'écrire ce texte parce que j'ai appris qu'avant le 26 juin 2019 en Côte d'Ivoire, il n'y a que lorsque l'homme pénétrait la femme par son vagin sans son consentement qu'on pouvait qualifier son acte de viol. Tout le reste était mis sous le fourre-tout de l'attentat à la pudeur (sodomies et autres)*

J’ai beaucoup prié en 22 ans de vie. Parce que maman a mis un point d’honneur à me passer son amour pour Dieu, je ne peux dire aujourd’hui le nombre de prières que j’ai formulées avec foi, le nombre de miracles que j’ai demandés et de bonheurs que j’ai vu se réaliser.

J’ai beaucoup prié. J’ai fléchi les genoux pour demander pardon, pour demander grâce, pour dire merci, pour confier un examen, un proche, un projet.

J’ai fermé les yeux et levé les mains vers le ciel pour demander la protection, la guidée... je suis une as des prières. Je sais les faire et y mettre tout mon cœur. Je sais toucher les anges afin qu’ils emportent mes mots en priorité au Père...

Mais la prière que je formule aujourd’hui, du fond de mon désarroi, me terrasse. Me tétanise. M’horrifie. Les mots qui sortent de mes pensées, les supplications qui viennent avec mes larmes, n’ont rien de normal. Et tout de sale.

Pendant que les mains de Jo tirent sur mon short et que ses doigts, ces intrus, se baladent vers mon sexe, je continue de prier. Je prie afin qu’il aille jusqu’au bout. Je prie afin qu’il fasse toute la sale besogne. Qu’il se mouille entièrement.

Ah... si on m’avait dit que je prierai pour ceci un jour !

Combien de fois avons-nous agi, face à des situations, des informations, comme si elles n’arrivaient qu’aux autres, avec un détachement naïf... pour ensuite être rattrapés par la réalité et se dire “ah, moi aussi, je suis les autres”.

Quelques mois plutôt j’étais avec une amie juriste au café. Nous parlions de tout et de rien et je ne sais plus trop comment, nous en sommes arrivées à parler de viol.

Au fil de l’échange, elle m’a appris quelque chose d’aberrant. C’est ça que j’aime avec Linda, j’apprends toujours en l’écoutant.

Ce jour-là donc, quand elle m’a dit “tu sais dans notre pays, c’est seulement quand le gars te pénètre par ton vagin que c’est considéré comme un viol hein, le reste ce sont des attentats à la pudeur”, je suis restée bouche bée.

Elle a siroté son jus d’ananas, m’a laissé digérer un temps soit peu la nouvelle et quand je suis sortie de ma torpeur, tout ce que j’ai pu dire avec horreur, c’était “donc c’est la victime qui doit prier pour que son bourreau aille jusqu’au bout et la pénètre comme ça pour pouvoir le punir un maximum quoi ?”

Devant l’absurdité de la chose, nous avons ri puis changé de sujet. Prier pour que le violeur nous pénètre par le vagin. Quelle chose insensée ! Et impossible !

Pourtant, après 10 minutes de torture avec mon bourreau, j’ai pensé avec rage “tu vas pourrir au moins dix ans en prison, ordure, je te le promets” et je me suis souvenue de cette conversation.

J’ai paniqué encore plus. J’étais déjà passée par la fellation forcée, ses doigts sales avaient fait le tour de mon corps et de mon intimité... je ne pouvais pas me résumer à ce que ma peine, ma souffrance soit réduite à un attentat à la pudeur plus tard.

Je ne pouvais réduire ma vengeance à 5 années maximum de rétribution. Il fallait qu’il aille au bout de son forfait...

“Père, je t’en prie... tu as laissé que ceci m’arrive... ce que je te demande à présent, ce n’est pas d’être sauvée... mais que cet individu aille jusqu’au bout... afin qu’en plus de ta Colère Divine, il soit puni comme il devrait devant les Hommes...”

J’ai beaucoup prié en 22 ans de vie. Mais jamais je n’aurais deviné qu’une victime pouvait prier pour être pénétrée par son violeur, parce que les lois de son pays sont trop incomplètes pour rendre justice à la hauteur des infractions, des atrocités commises.

*Force à toutes les victimes, nous sommes avec vous.*

  • Sakina Traoré

Mon verre de vin en main, je somnolais depuis quelques minutes déjà quand le bruit d'une porte qu'on ouvre m'a brusquement tirée des bras de Morphée.


- Oh ma chérie, désolée de rentrer seulement maintenant


Je regarde Anna, ma meilleure amie, entrer dans la pièce avec un sourire. En reprenant mes esprits, je lui réponds que ce n'est pas bien grave et elle s'approche de moi pour poser deux bises sonores sur mes joues.


Pendant que je pose délicatement mon verre sur sa table basse en bois, la jeune femme s'assoit près de moi et retire ses chaussures.


- Ta journée s'est bien passée ? je lui demande en me levant


- Epuisante mais au moins, j'ai pu finir ma présentation, je suis fin prête pour demain !


- Super !


- Layla dort depuis longtemps ?


- Quand même hein, je l'ai mise au lit il y a un peu plus d'une heure. On est allées au parc donc elle a vite rendu les armes aujourd'hui, je réponds en riant


- T'es la meilleure Shay. Fais-moi un câlin et rentre te reposer ! J'ai assez abusé de toi !


Pendant que j'accroche mon sac à mon épaule, elle vient me serrer fort dans ses bras et je lui murmure " c'est quand tu veux bébé ". Elle ricane alors en me poussant vers la porte d'entrée.



**********


Dans la voiture, pendant que je repense à ma journée et à tout ce qu'elle m'a apporté de bonheur, une tristesse que je ne connais que trop bien m'étreint.


Comme tous les jours depuis l'annonce fatidique il y a 3 ans, je me rappelle qu'il faille que je me concentre sur le positif. Uniquement le positif. Le mari aimant et généreux, l'entreprise qui fonctionne à merveille, les comptes en banque bien fournis... le positif, rien que le positif.


Alors je respire un grand coup, met la radio à fond et me concentre sur les bonnes vibes de HitRadio pour oublier ce début de mélancolie. Je m'égosille sur les bons vieux sons de la sélection Rétro qui joue et j'arrive, au bout de quelques chansons, à me sentir mieux.


Je gare devant chez moi pendant que les dernières notes de L'un pour l'autre de Soum Bill passent encore. Amoureuse que je suis de cette chanson, je traîne quelques secondes de plus dans la voiture, le temps d'en profiter jusqu'au bout.


Et puis quand enfin je pousse lentement la porte de chez moi, je remarque que seule la veilleuse du salon est allumée. J'enlève mes sandales que je laisse doucement retomber près de l'entrée et je me dirige à pas de loup vers la chambre après avoir refermé derrière moi.


Là, je tombe sur Daniel endormi dans ses vêtements de la journée. Attendrie par cette image, je reste un long moment debout à le regarder, un sourire aux lèvres. Je l'ai mille fois vu ainsi, dormant tranquillement avec sa cravate encore autour du cou et à chaque fois, je me fais la réflexion que c'est l'image la plus touchante que j'aie jamais vue.


Et puis pour la première fois, je me demande si j'aurais pensé cela si j'avais les grimaces d'un enfant ancrées dans mon coeur. Si le rire d'un bambin était omniprésent dans ma vie. Si je pouvais me délecter des pitreries d'un mini-moi, d'un mini-lui, d'un mini-nous...


Au bout de quelques secondes, je décide de laisser ces pensées tristes là et je m'approche de mon mari. Lentement, je me glisse à ses côtés dans le lit et passe mes bras autour de son corps chaud. Instantanément, la pression retombe et une larme, celle que je croyais avoir ravalée plus tôt dans la voiture, coule sans que je m'en rende compte.


Elle parcourt ma joue, en caresse chaque ligne et retombe dans un bruit sourd sur la tempe de l'homme auprès de moi. Je le sens tout de suite remuer et se retourner. Il ouvre alors les yeux et je n'ai pas le temps de cacher, de maquiller, d'édulcorer tout ce que mon regard a gardé de ma journée avec ma filleule.


On reste là un moment, à se regarder et se jauger. A s'appréhender et se tâter. Puis il pose la question fatidique, celle qui fait toujours céder la digue quand on a mal, celle qui libère toutes les larmes qui suivent la première : " qu'est-ce que tu as ? "


Alors je me mets à pleurer. A suffoquer comme je le fais chaque fois que je repense à ce que je n'ai pas. Je pleure dans ses bras pendant de longues minutes et il ne dit rien. Il se contente de me bercer et de me faire sentir sa présence.


" Je suis désolée ", je lui dis quand j'ai enfin repris mes esprits.


- Désolée ? Pourquoi bébé ?


- Mieux vaut qu'on n'en parle pas, okay ?


- Ah non, tu ne peux pas me demander ça Shay. Dis-moi ce qu'il y a, on en parlera et tout ira mieux. C'est comme ça que ça fonctionne... hum ?


- C'est juste que... je ne veux pas dire des choses qui vont plomber l'ambiance alors que tu viens juste de rentrer !


- Plomber l'ambiance ??


- Crois-moi chéri, ça va maintenant. Laissons tomber


- Non... dis-moi...


- Daniel, je t'en prie


- Shay !


- ...


- Tu as passé la journée avec ta filleule, je pensais que tu reviendrais heureuse, toi qui aime tellement les enf... Oh


- Daniel...


- ...


- C'est juste que... souvent j'y pense et je ne peux... je n'arrive pas à retenir la tristesse, les larmes...


- Tu y penses souvent ? Tu avais dit que tu t'étais faite à l'idée !


- Je sais ! Je sais mais j'ai menti ! Je ne me suis pas faite à l'idée de ne jamais avoir d'enfants Daniel !


- Je... Shay... On s'était mis d'accord


- On s'était mis d'accord. Et j'ai vraiment essayé de me débarasser de cette envie mais chaque fois que je vois Layla... Chaque fois que je vais la garder, je reviens en pleurs.


- Wow... Tu n'as que 29 ans Shay, tu pourrais avoir des enfants juste en passant cette porte


- Qu'est-ce... qu'est-ce que c'est censé vouloir dire M. Kouadio ?


- Que tu peux encore partir ! Pourquoi tu restes hein, si tu as si mal ? Je ne peux pas être avec toi si tu souffres à cause de moi !


Sous l'effet de la douleur, sans doute, il se lève brusquement en disant ces mots et sort du lit. A mon tour, sous l'effet de la colère, je me redresse et dit :


- Plus jamais tu me répètes ça, tu m'entends ?


- Qu'est-ce que tu veux que je te dise, Shay ! Quelle autre option je peux donner à la femme que j'aime mais qui est misérable parce que je ne peux pas lui faire d'enfants !


- Je ne suis pas misérable ! Okay ? Je suis juste triste de temps à autre mais je ne vais pas te quitter pour ça, Daniel !


- Pourquoi ? Je ne comprends pas Shay !


- Mais combien de fois il va falloir que je le dise pour que tu comprennes ? J'ai choisi le moindre mal en restant, crois-moi !


- Le moindre mal ?


- Oui... Ne pas avoir d'enfants... c'est dur et je pleure souvent mais c'est seulement dur quand tu n'es pas là. Quand tu pars faire tes six semaines sur la mine, je suis vulnérable. Je passe beaucoup de temps avec Layla, et tout remonte. Mais quand tu reviens... il suffit que tu sois là, que je t'embrasse, que tu me serres dans tes bras, que tu m'aimes toutes les nuits que tu es là, pour que j'oublie tout. Mais si je ne t'ai pas toi, aucun autre bonheur ne pourra éclipser la douleur que je ressentirai alors. Alors tu la boucles un peu quand je te dis que je te choisis et tu m'embrasses, tu me fais rire, tu me cajoles, tu me fais l'amour... et tout ira bien. Comme d'habitude.


Quand je finis ma tirade, je suis à bout de souffle. Et c'est seulement là que je me rends compte qu'il est tout près de moi, la tête baissée. Alors je pose les mains sur son torse et je sens tout son corps se détendre.


- Tu en es sûre ?


A sa question, je grogne de frustration et je sens ses épaules se secouer comme il ricane.


- Je suis désolé ma chérie. Je comprends vite les choses mais j'ai besoin qu'on me les explique longtemps


A sa blague pourrie, je ne peux m'empêcher de rire alors qu'il m'emprisonne dans ses bras.

" Je t'aime ", il me murmure à l'oreille. Et je lui réponds la même chose. Et alors que ses lèvres se posent dans mon cou, qu'il me tient encore plus étroitement contre lui, j'oublie tout.


Les larmes, la tristesse, les enfants, la frustration. Sa présence suffit à me redonner vie, à me soigner, à effacer ce manque qui me pèse tant parfois.




Hey ! Merci d'avoir lu mon histoire. Si tu l'as aimée, n'oublie pas de liker, de commenter et/ou de partager !

  • Sakina Traoré

" Tu disais souvent que tu m'aimais... Chaque soir, tu t'endormais dans mes bras en me le répétant, inlassablement, jusqu'à ce que ta voix s'empreigne dans ma mémoire. Et chaque jour, quand j'enfouissais mes mains dans tes cheveux et mes lèvres dans le creux de ton cou, tu me le disais dans un souffle, inscrivant à jamais ton odeur dans mon coeur. Tu disais tout le temps que tu m'aimais... Quand je glissais mes doigts entre les tiens alors que nous nous baladions dans les rues désertes d'Abidjan. Quand mon corps s'emboîtait dans le tien après de longues journées à penser à toi, à rêver de toi, à m'abandonner à toi. Tu disais pourtant que tu m'aimais... Alors pourquoi, nom de Dieu, as-tu dit non ? Après toi, Aline, je ne saurais refaire confiance à l'amour. Après toi, mon amour, je ne saurais redonner sa chance à une autre. Après toi, mon autre, mon essentiel, je ne saurais espérer de lendemains meilleurs. Je tenais à ce que tu saches, malgré tout, malgré toi, que moi, je t'ai vraiment aimée. Avec mon cœur et ma raison. " Je referme la lettre et essuie la larme qui coule sur ma joue droite. Pendant que je reprends mon souffle, le doux vent autour de moi me caresse comme pour me consoler. " Il n'est pas trop tard, dis-lui tout ", je crois entendre. Alors je prends une grande inspiration et laisse tout sortir. Sans plus aucune peur de le blesser, de me tromper ou de nous trahir : Oui Yacine, je te disais souvent que je t'aimais... Je le disais alors que tu ne me voyais qu'à travers toi. Alors qu'à tes yeux, je n'existais pas si je n'étais pas à toi, si je n'étais pas petite-amie ou femme de Mr Cissé. Je le disais quand bien même je te voyais faire des plans d'avenir qui n'incluaient que ce que tu pensais être mes rêves et mes passions. Et à chaque fois que je le disais, je priais pour qu'un jour tu connaisses mon cœur et mes pensées aussi bien que tu connaissais mon corps et mes baisers. Oui, je te disais tout le temps que je t'aimais. Je te le disais pour cacher mon angoisse quand aux yeux du monde, tu ne te souvenais de moi que lorsque je toussotais pour attirer ton attention. Je te le disais pendant nos balades afin que tu te refrènes et garde tes yeux sur nos mains enlacées plutôt que sur les fessiers exhibés pour t'attiser. Je te disais que je t'aimais, parce que face à ton détachement, il me semblait que ce soit la seule chose qui me rappelait à toi. La seule chose que tu aimais entendre de moi. Oui, je disais que je t'aimais. Et pourtant, je suis partie. Pire, je ne t'ai pas dit oui. J'ai vu la bague et... Je me suis enfuie. Parce que j'ai réalisé qu'au-delà de l'amour que je te portais, il y avait celui que je me portais à moi-même. Celui qui m'a poussée à me rebeller contre l'option la plus facile et la plus destructrice. Celui qui m'a emmenée à me détacher de toi pour enfin me retrouver. Celui qui m'a libérée d'une vie avec toi. Une vie dans l'ombre de tout ce que tu es. Alors oui, je t'aimais. Mais au fond de toi Yacine, tu sais que l'amour ne suffit pas. Tu sais qu'il n'est rien face à l'incompatibilité. Tu sais qu'il n'a pas de valeur quand il garde prisonnier. Tu sais qu'il vaut mieux s'en débarrasser quand il va trop nous coûter. J'aurais peut-être dû t'en parler, ce jour-là quand tu t'es agenouillé. J'aurais peut-être dû trouver le courage, de dire toute la vérité quand je voyais encore ton visage. Aujourd'hui tu es parti bien plus loin que je ne l'aie jamais été. Moi, j'ai juste tourné les pieds pour quitter ta maison ; mais toi... toi, tu as carrément quitté mon monde, les pieds devant... Et c'est parce que je t'ai aimé, que je verse aujourd'hui des larmes brûlantes sur cette sépulture où à jamais, tu vas rester.



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