• Sakina Traoré

Je suis attirée par toi comme Icare par le soleil. Tes yeux, ton sourire, tes mots… tout en toi m’appelle et me repousse en même temps.


Depuis le jour où j’ai posé les yeux sur toi, tu ne quittes pas mes pensées. Je suis constamment en manque de toi, toujours à la recherche d’un peu de ton essence dans ma vie…


J’ai fini, bien malgré moi, par te suivre sur tous les réseaux sociaux. Par guetter chacun de tes posts, lire chaque commentaire tu reçois et que tu laisses.


Je suis devenue accro à toi, à toi et à tout ce que tu es ; et même si j’ai mal de l’admettre, moi ce dont j’ai besoin, c’est tout ce que tu n’es pas.


Mon cœur a beau être titillé par les ondes de danger qu’il sent à ton approche, mon esprit lui sait que tu n’es pas ce qu’il me faut.


Alors depuis ce jour où tu as posé les yeux sur moi, où tu m’as vue et regardée pour la première fois, je lutte contre moi-même. Perpétuellement.


Et sais-tu le pire, quand ton cœur et ton esprit se battent l’un contre l’autre ? Le premier pour te faire succomber à des sensations inconnues et le dernier pour te protéger des soubresauts du premier ?


Sais-tu le pire, quand le soleil t’attire toujours un peu plus mais que tu devines déjà la douleur de sa brûlure sur ta peau ?


Le pire, c’est qu’on en sort perdant, peu importe le gagnant.


J’ai besoin d’un homme responsable, honnête et pieux qui n’aimera que moi et ne voudra jamais en aimer une autre.


J’ai besoin d’un homme sûr de lui et aux épaules solides qui saura me rassurer et éloigner toutes les tentations de lui, de nous.


J’ai besoin… ah j’en oublie ce dont j’ai besoin quand je te vois. Et pourtant je ne peux pas me permettre de commettre cette erreur encore une fois.


Je ne peux pas me laisser guider dans un autre champ de mine par ce traitre dans ma poitrine.


« Ecoutes ton cœur », on me dit souvent.


« Lâches prise et suis-le », on me conseille par moment.


Mais est-ce une si bonne idée quand celui qui doit me guider ne veut que sensations, sensations et sensations… au détriment de ma santé mentale ? De ce dont j’ai vraiment besoin ?


Ou peut-être est-ce moi qui ne sais pas ce que je veux réellement ?


Sinon comment expliquer que pour la énième fois, je tombe pour le mauvais garçon.


Alors qu’il y en a d’autres, là dans ton ombre, qui ne demandent qu’à me donner tout ce que mon esprit a noté dans sa petite liste de l’homme idéal ?


J’ai entendu un jour, dans une chanson je crois : « les bons garçons vous donnent leurs cœurs mais les mauvais garçons font battre le vôtre ».


C’est exactement ce que je ressens avec toi. Ce que j’ai ressenti avec les autres.


Mon cœur qui bat à 100 à l’heure, la jalousie qui fait virer mes sens, mes sourires idiots en lisant tes messages… ce sont de petites choses qui me font me sentir vivante. De petites choses pour lesquelles j’ai du mal à lâcher prise.


C’est dur. Toujours aussi dur. Mais j’y arriverai, il le faut.


J’ai joint mes mains vers les cieux aujourd’hui, et j’ai demandé qu'on me montre le chemin. Qu'on me guide loin de ce qui ne sera pas un bien pour moi. Qu'on m'amène au bonheur sans que mon coeur ne doute...


Et quelques heures plus tard, voilà que tu me dis très clairement que je ne devrais pas m’attacher à toi. Que j’ai raison de protéger mon cœur de toi.


Ah mon cœur a fait un bond en lisant tes mots. Mon esprit est resté silencieux un moment. Et mon âme, mon âme elle a reconnu la réponse à ses prières.


Le plus compliqué maintenant, sera de faire accepter la situation à mon cœur. De lui faire oublier ton odeur, la chaleur de tes bras, le son de ton rire et la douceur de tes regards.


Oh j’aurais dû savoir. J’aurais dû savoir que ça ne me mènerait nulle part.


Mais j’ai beau dire, je sais que mon cœur rebondira encore sur cette histoire. Pas avec toi, c’est sûr, enfin je crois.


Néanmoins, demain, dans une semaine, dans deux mois, qui sait… qui sait dans quel sourire cocasse il voudra encore se perdre ? Dans quels bras interdits il voudra de nouveau se vautrer…

  • Sakina Traoré

- « Ça va ? »


Je sursaute et me retourne vers la porte de ma chambre. Ma mère, habillée d’une longue robe couleur lavande, me couvre d’un sourire bienveillant.


- « Tu étais si loin dans tes pensées »


Je lui fais un sourire gêné alors qu’elle s’approche et s’assied près de moi sur le lit. Elle m’ouvre ses bras et j’y plonge sans hésiter. Sa chaleur m’enveloppe aussitôt et mon corps se détend, pour la première fois en quelques semaines.


- « Qu’est-ce qu’il y a, ma puce ? »


Je pousse un long soupir et, sans quitter le cocon où je suis emprisonnée, je lui demande :


- « Est-ce que tu es heureuse, maman ? Enfin… ça fait presque six ans que papa est décédé et depuis, tu n’as eu aucune relation amoureuse alors… je me demande parfois si le bonheur que je lis dans tes yeux est réel ou si tu prétends pour ne pas qu’on s’inquiète… »


Ma tirade me laisse à bout de souffle. Plus du fait de l’émotion que du peu de mots que j’ai dits, en fait. Et pendant quelques secondes, rien ne se passe. Je me demande si elle m’a entendue tant elle reste stoïque.


Puis doucement, elle me repousse et me tient à bout de bras. Ses yeux s’amarrent aux miens et avec amour, elle saisit mon visage avant de me dire :


- « Je suis heureuse, Tyma. Et je t’avoue que je suis un peu surprise par ta question, tu croyais vraiment que je faisais semblant ?


- Je… je ne sais pas. Mais pour toi qui me dis tout le temps que je dois me marier, qu’il n’est pas bon qu’une femme reste seule, je me demandais si tu me disais tout ça parce que toi-même la solitude te pesait


- Oh… non ma puce. Enfin, parfois, bien sûr ! Parce que j’ai perdu mon partenaire de vie, l’homme que j’ai aimé pendant 15 ans mais au-delà de cela, je t’assure que je suis heureuse. Oh… je suis vraiment désolée ma chérie. Je ne pensais que tu interprèterais mes paroles de la sorte mais écoute-moi. »


Elle prend mes mains entre les siennes et me regarde droit dans les yeux :


- « Aucune femme, aucun être humain n’a besoin d’être en couple pour être heureux. Evidemment, avoir quelqu’un qui nous aime, nous épaule, nous soutient, nous chouchoute et tout ça, c’est extraordinaire quand la relation est saine.


Mais s’il y a bien une chose que j’ai apprise à la mort de ton père, c’est que mon bonheur ne dépend pas de la présence ou l’absence d’une personne à mes côtés.


Le bonheur on le trouve partout, on le construit en tout temps. En apprenant à s’aimer soi-même, en faisant les choses qu’on aime, en appréciant chaque moment, en regardant la vie avec des yeux d’enfant…


Je veux que tu trouves quelqu’un parce que tu mérites d’être aimée, protégée et cajolée. Mais si ce n’est pas ce que tu trouves en te mettant en couple, si la personne avec qui tu es ne rajoute pas au bonheur que tu as déjà, ce n’est pas très bien parti…


Retiens une chose : on se met en couple pour partager le bonheur, et on ne peut partager que ce qu’on a. Alors si tu n’as pas encore la dose de bonheur qu’il te faut en étant avec toi-même, ne te précipite pas. Parce que tu ne trouveras qu’un bonheur éphémère et fragile en te mariant. En t’engageant.


Ton rire, ton sourire, ton bien-être, ta confiance en toi… tout ça dépendra d’une autre personne ; et ce n’est clairement pas une façon de vivre. Pour qui que ce soit… »


Quand elle se tait, je me rends compte que j’avais retenu mon souffle depuis le début de sa tirade. J’expire alors lentement et des larmes chaudes coulent sur mes joues.


Maman me reprend dans ses bras et je pleure un long moment avant de me reprendre. Ses mots me libèrent d’un poids qui pesait sur mes épaules et dont je ne savais comment me débarrasser. Si seulement j’avais su que la solution était si près, je me serais ruée dans les bras de ma mère dès le début...


- « Ça va mieux ?


- Oui maman


- Tu veux m’en parler ? C’est Yann, n’est-ce pas ?


- Oui… oui c’est Yann mais on peut en parler plus tard s’il te plaît ? Quand tu reviens de ta cérémonie, je te dirai tout. Je dois lui parler à lui d’abord, pendant que j’en ai encore le courage.


- Bien sûr ma chérie »


Elle m’embrasse sur le front, me reprend une dernière fois dans ses bras avant de s’en aller. Quand elle referme la porte derrière elle, je me précipite vers ma commode et l’ouvre doucement. Dedans, l’objet tant redouté est sereinement posé, attendant que je décide quoi faire de lui.


Je tends la main et attrape l’écrin. Je l’ouvre aussi délicatement que je peux et elle est là, posée sur son lit douillet : ma bague de fiançailles.


Je la retire de la boîte, la passe à mon doigt et un soupir m’échappe. Je l’avais tant voulue… et aujourd’hui, je m’apprête à la rendre.


Il y a environ 5 semaines, Yann m’a demandée en mariage. Après 4 années de relation, ce moment m’a semblé être logique, écrit. Mais après avoir dit oui ce soir-là, dans l’intimité de son appartement, je me suis sentie mal, et le sentiment ne m’a plus quittée jusqu’à aujourd’hui.


Sur le coup bien sûr, j’étais heureuse, aux anges. Pourtant une fois l’euphorie passée, l’appréhension s’est installée dans mon cœur. J’ai refusé de la voir pendant de longs jours mais il a fallu admettre, après que j’aie passé la première semaine après la demande sans porter la bague, qu’il y avait un souci.


Je ne voulais pas que les autres la voient. Qu’ils sachent. Parce que ça rendrait la chose bien trop officielle, bien trop définitive. Et je n’étais pas sûre d’avoir dit oui pour les bonnes raisons.


Quand j’ai enfin eu le courage de me poser les questions qui s’imposaient, je me suis rendu compte que j’avais dit oui parce que je méritais cette bague.


Après 4 années de relation, de pleurs, de peine, de tromperie, de douleur… je ne pouvais pas ne pas dire oui. J’avais gagné cette demande, je l’avais payée au prix de mes larmes, de ma perte de confiance en moi et en lui. Je l’avais acquise à l’usure de mon cœur, de mon âme et de mon esprit… je ne pouvais pas ne pas dire oui.


Quelle femme dit non après avoir tant donné dans sa relation ? Quelle femme refuse qu’on lui passe la bague au doigt après avoir tout pardonné au point de s’oublier ?


Ce n’était pas logique pour moi. Alors j’avais dit oui. Mais aujourd’hui, j’ai compris. Si je n’ai jamais mis cette bague dehors, sauf pour rencontrer Yann, c’est bien que mon cœur sait depuis le début que j’ai fait une erreur.


On ne se marie pas parce qu’on a mérité la demande à la sueur de son cœur. On se marie parce qu’on est prêt, parce qu’on est compatibles, parce qu’on s’aime, parce qu’on veut se soutenir dans nos projets de vie, parce qu’on s’élève l’un l’autre, parce qu’on se comprend…


Et surtout, on ne se marie en espérant trouver le bonheur quelque part sur le chemin. On trouve son bonheur seul(e), on le fait, puis on se marie avec quelqu’un qui a aussi du bonheur à partager avec nous.


Avec un sourire inattendu, inopiné, je retire la bague et la replace dans son habitacle. J’attrape mon téléphone et lance le numéro de Yann. Il décroche presque immédiatement et après les éternels : « hey chérie, comment tu vas ? », je prends mon courage à deux mains et lui dit :


« Il faut qu’on parle. »

  • Sakina Traoré

[...]


Il était environ 18h15 quand Tiq est arrivé à la maison. Il avançait lourdement, lentement, ralenti par le poids de l’évènement terrible qui avait eu lieu quelques minutes auparavant.


Il se demandait comment il aborderait la question avec sa mère, comment il annoncerait la nouvelle à sa famille et comment il se dédouanerait de ce forfait…


A peine eût-il franchi le pas de leur maison au coeur de la forêt que sa mère l’apostrophait et lui posait la question fatidique, réduisant à néant ses espoirs de retarder le moment de vérité.


- Ahi, Tiq, où est ton frère ?


- …


Tiq regarda sa mère pendant une fraction de secondes puis baissa à nouveau les yeux. Il ne pourrait jamais lui annoncer ce qui s’était passé en la regardant, au risque d’être hanté par la peine dans ses prunelles, pour le reste de ses jours.


- Tiq ?


- Maman…


Ce n’était qu’un murmure sorti douloureusement de la poitrine du jeune homme mais l’instinct maternel de Dame M. se mit immédiatement en alerte. La panique envahit sa voix :


- Qu’est-ce qui s’est passé ? Où est Mouss ?


- Il…


- Tiq ?


- Je suis désolé maman ! Je n’ai pas pu le protéger, c’est arrivé trop vite !


Les sanglots bruyants de Tiq alertèrent alors toute la maison. Ses frères et soeurs investirent la terrasse en un rien de temps et les entourèrent. Les visages était inquiets, inquisiteurs, perdus…


- Tiq ? appela l’aînée.


- Anie…


- Qu’est-ce qui s’est passé ?


- Je… je suis sorti avec Mouss tout à l’heure. Je sais que maman nous avait dit de rester près de la maison mais il a voulu aller plus loin ! Explorer ! Et… faire sa première piqûre comme un grand


- Oh non… fit Dame M. en se posant sur un tronc d’arbre. Tiq, qu’est-ce que vous avez fait !


- Je… Pardon maman, j’ai vraiment essayé de l’en dissuader mais il a dit qu’il irait seul si je ne l’accompagnais pas ! Donc j’ai embarqué Fel et Mosquy pour qu’on puisse au moins assurer ses arrières mais ça n’a pas suffit


Un silence lourd se fit après ces mots.


Tous étaient plongés dans leurs pensées, imaginant les derniers instants atroces de leur frère. C’était toujours une terrible nouvelle que de perdre quelqu'un comme ça, même si ça arrivait honnêtement très souvent.


- Il voulait te rendre fière maman, ajouta Tiq. Il disait que comme ça, tu lui pardonnerais sa bêtise d’hier


A sa phrase, des larmes de douleur coulèrent sur presque tous les visages. Mouss… le petit Mouss était parti. Et de la pire des façons pour eux.


En effet, les deux frères étaient arrivés dans les toilettes d’une entreprise quelques minutes après 18h. Galvanisé par la présence de son aîné et de ses deux amis, Mouss avait bien vite trouvé sa proie.


Une jeune femme au teint marron placard, avec une peau aussi belle que douce. Il s’était dit qu’elle aurait assurément un goût exquis et avait foncé tête baissée sur elle.


Malheureusement pour lui, la jeune femme n’était pas prête à se laisser faire ce soir-là.


Vigilante à cause des nombreuses attaques déjà reçues les jours précédents, elle avait très rapidement repéré le danger et fait le geste qui s’imposait : elle avait applaudi.


Un clap sec et maîtrisé qui lui avait permis d’écraser le moustique en un clin d’oeil.


Mouss avait ainsi perdu la vie devant Tiq et ses amis. De façon brutale et violente.


Comme cela arrive à des millions de moustiques chaque jour..

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